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Harold Martin : « Mon seul combat, c’est la Calédonie française »

Candidat à la députation dans la 2e circonscription, Harold Martin n’a de cesse de dénoncer « le projet d’indépendance-association à la Pisani, ourdi dans le dos des Calédoniens par Alain Christnacht » et soutenu localement par « le député sortant, Philippe Gomès et une partie de ses alliés indépendantistes ». Suspendu par les instances parisiennes des Républicains, l’ancien président du gouvernement se présente sous sa seule étiquette, ce qui ne semble pas le gêner. Au contraire.

Vous dénoncez un plan machiavélique initié, pensé et organisé par Alain Christnacht…

Absolument ! Il faut d’abord rappeler qui est Alain Christnacht, homme de gauche, cerveau des accords de Matignon et de Nouméa. Cet ancien haut-commissaire a une idée fixe, il pense qu’au bout de 30 ans, au terme de ces deux accords, qu’il qualifie de processus de décolonisation, la Nouvelle-Calédonie doit accéder en 2018 à l’indépendance association avec l’État, c’est-à-dire que les indépendantistes doivent obtenir un siège à l’Onu et la nationalité kanaky. Mais il sait aussi pertinemment que les Calédoniens sont majoritairement opposés à cette idée, alors il déroule son plan, et depuis longtemps.

Quelle que soit l’influence d’Alain Christnacht et de ses réseaux tant à Paris qu’en Nouvelle-Calédonie, vous dîtes qu’il ne peut pas parvenir seul à ses fins…

C’est bien là tout le côté machiavélique de ce plan. Il faut réunir plusieurs conditions, nouer des alliances et c’est ce à quoi s’est évertué Alain Christnacht depuis des années. La première étape, c’est de conditionner le nouveau président de la République. Pourquoi est-ce que je dis cela ? Tout simplement parce que pour aboutir à l’indépendance association en 2018, il faut changer la question prévue par l’Accord de Nouméa. En clair, il faut nous priver de notre droit le plus absolu de dire non à l’indépendance comme l’ont souhaité 72 % des Calédoniens en 1998. Or, un seul homme peut prendre cette initiative, c’est Emmanuel Macron, le président de la République.

Comment pensez-vous que l’attention du chef de l’État puisse être attirée par la situation en Nouvelle-Calédonie au point de prendre une telle décision ?

Il faut comprendre que dans ce plan, que je dénonce, chacun a sa partition à jouer. L’Union calédonienne, le plus vieux parti calédonien, dont le fonds de commerce est la revendication, va s’agiter… Certainement créer des troubles à l’ordre public, enfin, agiter le cocotier, se mobiliser sur le terrain, comme l’ont d’ailleurs déclaré ses dirigeants. Vue de Paris, toute cette agitation en Nouvelle-Calédonie serait perçue comme un danger. Ce sera le moment pour Christnacht de persuader Macron qu’il y a une solution. De lui vendre l’indépendance association. Au passage, il ne manquera pas de lui expliquer qu’avec ce plan, il entrera dans l’histoire en devenant le premier Président français à parvenir à un acte de décolonisation réussie et intelligente. J’ajoute que l’Union calédonienne n’a pas attendu de connaître le nom du président de la République pour lancer l’invitation « à un acte très fort de réconciliation qui pourrait être notre mythe fondateur pour notre destin commun et notre nouvelle nation à venir et je propose que cela se tienne le 24 septembre 2017 », dixit le président Goa à Païta, fin avril.

Qu’est-ce qui vous fait dire que les indépendantistes seront d’accord pour changer la question prévue par l’Accord de Nouméa ?

La première raison est qu’ils savent pertinemment qu’ils perdront le référendum prévu par l’Accord. Alors, vous comprenez bien qu’ils accepteront une solution qui leur donne malgré tout satisfaction, qui leur donne l’indépendance alors qu’ils sont minoritaires. Ensuite, le statut d’indépendance association leur apportera, enfin c’est ce qu’ils croient, la garantie de la poursuite des financements de la France, ce qui est une utopie absolue ! Enfin, l’association avec l’État les protègera d’eux-mêmes, c’est-à-dire de leurs éternels conflits et règlements de comptes.

Dans cette affaire, vous dénoncez aussi régulièrement l’attitude de Philippe Gomès et de son parti, Calédonie ensemble. Quel rôle lui attribuez-vous ?

Gomès a, lui aussi, déjà préparé le terrain : c’est son fameux 90 % de convergence et 10 % de divergence. Réélu à l’Assemblée nationale, et devant cette agitation, il expliquera qu’il faut négocier, qu’il faut trouver une solution, qu’on ne va tout de même pas s’opposer, alors même que nous sommes d’accord sur presque tout. Regardez ce qu’il nous a servi ces derniers temps dans la presse. Il déclare que nous savons tous que le non à l’indépendance l’emportera en 2018, mais que nous devons tout faire pour changer la question, que nous devons tout faire pour éviter un référendum « bête et méchant ». Mais on voit bien la manipulation, car il ne dit pas, et ne dira pas avant les élections, par quelle autre question il faut la remplacer. Et puis Gomès est coincé. Il dirige aujourd’hui le gouvernement, la province Sud, le Congrès, mais il n’a pas seul la majorité. Il a dû se mettre d’accord avec le Palika, l’UC, le Parti travailliste pour faire valider ses textes et ses budgets. Enfin, c’est un secret de polichinelle, mais il se voit bien devenir en 2019 le premier président d’une Nouvelle-Calédonie libre. Il s’est donc évidemment converti au plan Christnacht malgré ses dénégations.

Votre candidature a donc pour but de dire aux Calédoniens ce qui se tramerait dans leur dos. Mais, vous le dites vous-même, la machine semble en marche, alors…

Comme je viens de vous l’expliquer, tout est en place en effet.
Alors pour s’opposer à ce plan, il faut commencer le 11 juin prochain par ne pas envoyer Gomès à l’Assemblée nationale. Mais il faut surtout que par leur vote, les Calédoniens envoient un message très clair au Président Macron pour qu’il comprenne bien qu’il y a ici une majorité qui veut avoir le droit de dire non à l’indépendance, non à l’indépendance association. Et ce, pour la bonne raison que l’indépendance association, c’est d’abord l’indépendance et après l’association ! Cela signifie aussi que la Nouvelle-Calédonie devient souveraine et qu’à n’importe quel moment elle peut choisir de se désassocier ou de s’associer avec un autre ou plusieurs autres Etats. Et puis au-delà des élections législatives, il faudra de toute façon rester mobilisés. Et si le président de la République ou son Premier ministre viennent comme prévu en septembre, il faudra de nouveau montrer que nous voulons rester français. Il n’est pas question d’insulter le chef de l’État, mais bien de signifier que nous sommes légitimes à dire non à l’indépendance en novembre 2018 comme le prévoit l’Accord de Nouméa.

M.Sp.

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