Vers une gouvernance partagée ?

Alors que les membres du Congrès viennent de fixer, ce mercredi, un gouvernement à 11 membres, l’heure est encore aux discussions. Chaque camp défend sa méthode ou son mode de gouvernance et semble vouloir la présidence.

Le dépôt des listes fixé à vendredi soir, les groupes politiques constitués du Congrès n’ont plus que quelques heures pour trouver un consensus et aboutir à un gouvernement où toutes les composantes – loyalistes, centristes, indépendantistes – sont représentées et, surtout, peuvent travailler main dans la main. Sur le principe, rappelons que quatre groupes politiques ont été déclarés au Congrès après les élections provinciales : L’Avenir en confiance, Calédonie ensemble, l’UC-FLNKS et Nationalistes et l’UNI. Eux seuls peuvent donc présenter des candidats au gouvernement. Mathématiquement, si l’on tient compte de la représentativité en sièges au Congrès, L’Avenir en confiance devrait avoir quatre membres au gouvernement, Calédonie ensemble un seul et les groupes indépendantistes cinq. Reste la question déterminante du dernier siège qui sera donné grâce « aux faveurs » des non- inscrits.

Attirer les non-inscrits

Ces derniers, faute de sièges suffisants au Congrès, ne peuvent pas présenter de liste. Il s’agit des trois membres de l’Éveil océanien et de Nicolas Metzdorf (sans étiquette). Mais comme lors de l’élection du Congrès, le poids de leurs voix sera plus que déterminant et ils les apporteront à l’une ou l’autre liste.

Si on se doute que Nicolas Metzdorf donnera sa voix aux non-indépendantistes, tous les regards seront tournés une nouvelle fois vers Milakulo Tukumuli, lui, qui se positionne en tant que « défenseur de la démocratie ». À qui va-t-il donner l’avantage ? Est-ce qu’il va encore permettre aux indépendantistes d’obtenir la présidence ? Quel groupe arrivera à le convaincre par son programme ou par un quelconque « arrangements » ? Et l’électorat de Milakulo Tukumuli, sera il en accord avec une nouvelle alliance avec les indépendantistes ? Car pour le président du gouvernement, les enjeux sont bien plus grands que pour celle du Congrès.

Le temps des discussions

Milakulo Tukumuli a toujours été clair, il l’a dit et répété : il veut arriver à « briser ce mur invisible entre ceux qui sont pour la France et ceux qui veulent l’indépendance ». Mais est-ce que cela passe pour lui, comme au Congrès, par un vote en faveur des indépendantistes ? En tout cas, il a affirmé depuis vouloir une « gouvernance du pays, les uns avec les autres et non les uns contre les autres ».

C’est ce que propose aussi Thierry Santa de L’Avenir en confiance. Pour lui, il faut sortir la Calédonie de l’impasse et cela passe obligatoirement par une gouvernance partagée. C’est ainsi qu’après l’élection de Roch Wamytan à la tête du Congrès, les loyalistes ont invité le FLNKS et l’Éveil océanien « à se retrouver pour qu’un consensus émerge, afin de constituer dans les meilleurs délais un gouvernement apte à apporter de la stabilité, la sérénité et la confiance pour sortir de la crise et préparer paisiblement la sortie de l’Accord de Nouméa », indiquait Thierry Santa dans Transparence sur RRB. Mais pour l’heure, aucun accord ne semble avoir été trouvé, d’autant que si semblant d’accord il y a, tout peut basculer avant le dépôt définitif des listes. On l’a vu pour l’élection de la présidence du Congrès.

Gouvernance partagée ?

En réponse aux propos tenus par Milakulo Tukumuli, Thierry Santa explique que « le mur invisible » dont parle l’élu océanien « se brisera le jour où les Calédoniens le choisiront, c’est-à-dire au moment des référendums ». Le président par intérim du Rassemblement-LR croit qu’aujourd’hui « il faut plutôt être capable de contourner ce mur, car ce mur existe qu’on le veuille ou pas. Ici en Calédonie, nous sommes loyalistes d’un côté et indépendantistes de l’autre. Et il y aura toujours des indépendantistes et des Calédoniens qui veulent rester français ». Pour lui, il faut donc absolument arriver « en tant que responsables politiques à démontrer à l’État, comme à l’international et aux responsables de l’ONU, que nous sommes capables de discuter, malgré ce contexte binaire dans lequel nous vivons en Calédonie » et cela passe donc par « une gouvernance partagée, par le consensus pour le prochain gouvernement ».

Pour les indépendantistes, si Roch Wamytan semble plus enclin au dialogue et aux partages des idées comme au consensus avancé par Thierry Santa, il espère tout de même « que le rassemblement océanien du Congrès puisse se poursuivre au gouvernement (…) Nous allons pouvoir imprimer notre marque dans tout ce qui se fait », a-t-il déclaré. Paul Néaoutyine va, pour sa part, plus loin. Sur NC La Première, il a déclaré : « L’objectif était d’avoir une majorité au Congrès et à la proportionnelle, de monter au gouvernement (…) pour mener le travail politique pour accéder à la pleine souveraineté ». Le message de l’élu est limpide, n’en déplaise aux « Océaniens » qui veulent rester dans la France et qui ont pourtant permis aux indépendantistes de prendre la tête du Congrès.

Un président du consensus

Si pour les loyalistes on préfère donc axer la présidence sur une méthode de gouvernance partagée, pour les indépendantistes, « l’étiquette » du président du gouvernement est mise en avant, primordiale dans cette dernière mandature de l’Accord de Nouméa. Pour eux, il s’agit d’une représentation forte sur le chemin de l’indépendance. Reste donc à l’Éveil océanien de se positionner et de faire ce qu’il peut faire compte tenu de son poids électoral : donner la priorité à l’un ou l’autre camp.

Milakulo Tukumuli ne peut plus dire que « voter pour un candidat indépendantiste ne veut pas dire être en faveur de l’indépendance », car « l’accession d’élus indépendantistes à la présidence des institutions favorise le discours d’indépendance », comme l’avaient très justement rappelé Nicolas Metzdorf et Nina Julié. Il faut faire la part entre les problématiques sociétales et le débat institutionnel.

C’est en ce sens que Thierry Santa a proposé de définir un programme de gouvernance partagée « tous ensemble » dans un premier temps, ce qui signifie « mettre en commun les projets provinciaux, dans lesquels il y a beaucoup de similitude, et réfléchir au retour d’un gouvernement collégial, spécifique au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ». Et pour lui, cela passe par une présidence du gouvernement différente avec un président qui n’aurait aucun secteur de gestion. « Il aurait l’obligation unique de s’assurer que la recherche du consensus est garantie au sein d’un gouvernement collégial. Il faut que tous les textes soient partagés, discutés, étudiés en collégialité. Il faut que le président trouve le consensus, le compromis. »

En attendant que l’idée séduise et que les discussions se poursuivent entre élus, les groupes politiques déposeront leurs listes pour le gouvernement ce vendredi soir. Les élus du boulevard Vauban se retrouveront ensuite le jeudi 13 juin pour élire le prochain gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Ensuite, ses membres nommeront le président et le vice-président de l’institution, car il faut faire vite compte tenu de la situation économique dans laquelle la Calédonie est plongée et les mesures qu’il faut prendre.

C.S. ©Congrès 

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