Gaël Yanno, sans gaieté de cœur

Renié par son propre parti, Gaël Yanno, est le premier président du Congrès à siéger seul. Peu ou pas représentatif, il a néanmoins été porté à la tête de l’institution par Calédonie ensemble. Les autres loyalistes n’ont pu que s’y résoudre.

Gêne, expressions qui en disent long, applaudissements tardifs et plus que timides, pas de passation entre l’entrant et le sortant… On ne peut pas dire que cette élection annuelle au Congrès respirait le bonheur. Mais c’était attendu.

Trois candidats étaient en lice au premier tour. Gaël Yanno s’est présenté seul, contre l’avis de son futur ex-parti, le MPC. Il a récolté, comme convenu, l’ensemble des voix de Calédonie ensemble en plus de la sienne, soit 16 voix au total. Thierry Santa, comme il l’avait annoncé, s’est présenté à sa propre succession. Il avait, on le rappelle, fait valoir son « impartialité » et « sens du consensus » durant trois ans de perchoir et espérait continuer ce travail pour un dernier mandat, une période nécessitant plus que jamais stabilité et intégrité. Il n’a recueilli finalement que les six voix de son propre groupe le Rassemblement LR – MPC. De son côté, Roch Wamytan a reçu le soutien des deux groupes indépendantistes, UC-FLNKS nationalistes et Uni, et obtenu 23 voix.

Restaient chez les indépendantistes les deux voix de Louis Kotra Uregei et Marie-Pierre Goyetche, du Parti travailliste, qui ont boycotté le vote. Et chez les non-indépendantistes, les sept bulletins des Républicains calédoniens, qui avaient choisi de voter blanc pour « rester en dehors de cette bataille ». Sachant de toute façon, qu’un vote en faveur de Thierry Santa ne l’aurait pas pas fait élire.

Faux suspens

L’élection aurait pu être pliée rapidement. Les mêmes candidats ont recueilli le même nombre de voix au second tour, sans obtenir la majorité absolue requise. Puis au troisième round, l’annonce de la candidature de Thierry Santa a figé quelques secondes l’assemblée. Une triangulaire, aurait pu favoriser les indépendantistes avec la majorité relative. Mais finalement, Thierry Santa a immédiatement pris la parole et « ses responsabilités » en annonçant son retrait au profit de l’autre candidat loyaliste, Gaël Yanno, pour éviter « l’élection d’un président du Congrès militant pour une Nouvelle-Calédonie indépendante ».

Dans une allocution pêchue (coupée au micro), dans un ton qu’on lui connaît peu publiquement (résultant probablement de semaines de dénigrement à son égard), il a néanmoins lancé qu’il ne s’agissait « en aucune manière d’un vote d’adhésion » en faveur de Calédonie ensemble et de leur poulain improbable. Il a fait savoir qu’il s’opposerait à toute manœuvre destinée à instrumentaliser cette institution au bénéfice des ego et d’une politique qui irait à l’encontre de l’intérêt général.

« Trahison », « manœuvres » et autres réjouissances…

Finalement au troisième tour, Gaël Yanno a fait le plein des voix loyalistes (29), devant Roch Wamytan (23), mais sans gaieté de cœur pour au moins 13 d’entre eux. Celui qui retrouve le siège qu’il avait occupé de 2014 à 2015, a promis de veiller durant ce mandat à ce que les débats soient « démocratiques » et « paisibles », que le Congrès soit « le lieu de dialogue et de discussion indispensable et nécessaire au maintien de la paix après le référendum ». Il a néanmoins jugé, devant la presse, qu’il était inquiet de cette « guerre de tranchées entre loyalistes » cristallisée autour du groupe de dialogue, ex-G10, quitté par une partie des représentants fin mai. Surtout que dans le même temps, a-t-il noté, les indépendantistes parviennent à faire des meetings communs, à présenter un candidat unique…

Philippe Michel a redit que ce soutien de Calédonie ensemble à Gaël Yanno s’inscrivait dans le prolongement de l’accord conclu l’an dernier avec l’intéressé (pour une « alternance » à la présidence du Congrès) et la résultante également de sa participation continue à la table du dialogue. Pour le Rassemblement LR, Yoann Lecourieux a eu une toute autre analyse en observant que Calédonie ensemble était justement – par ses « manœuvres » – parvenue à la tête de toutes les institutions, sans pour autant être majoritaire nulle part.

Sonia Backes, réagissant pour les Républicains calédoniens, a expliqué pourquoi son parti n’avait pas voulu se positionner. « Les Calédoniens en ont marre de ces bagarres pour des postes… On a vu les documents qui sont sortis des restes de la plateforme et on n’a pas voulu rentrer dans ce débat-là. » Pour l’avenir, elle estime d’ailleurs qu’il faudrait « revoir ce système de vote au Congrès » qui occupe tous les ans une partie de la classe politique et pas de la plus belle des façons. « On sait ce que Gaël Yanno a fait pour en arriver là », a-t-elle conclu.

Après la séance, dans un communiqué, le MPC est venu enfoncer le clou. Le futur ex-parti de Gaël Yanno l’accuse de « double trahison » pour avoir, d’une part, validé contre l’avis du parti la charte des valeurs calédoniennes présentée à travers les médias comme « possible préambule d’un futur État indépendant » et, d’autre part, justifié sa candidature comme une promesse lui ayant été faite pour le MPC sans qu’à aucun moment les instances n’aient été consultées. Le parti demande son départ officiel et qu’il « assume pleinement » son rapprochement avec Calédonie ensemble.

Une fois n’est pas coutume, les indépendantistes ont pris acte de ces querelles intestines. Roch Wamytan a noté la « mise en œuvre de la stratégie de Calédonie ensemble ». Il a ensuite espéré que cette présidence « puisse se dérouler dans toute la sagesse que nécessite la préparation au référendum », avant d’ajouter qu’il ne souhaitait plus entendre au Congrès le genre de discours faisant état de la nécessité de « faire barrage aux indépendantistes », comme entendu dans la bouche de Thierry Santa.

Louis Mapou, pour l’Uni, a fait part de sa désolation. « On arrive à élire un candidat à la présidence du Congrès qui est un candidat individuel, c’est quand même extraordinaire ! Et je note que c’est aussi le résultat d’un manque de courage politique. J’aurais bien voulu que les Républicains calédoniens ou le Rassemblement aillent jusqu’au bout de ce qu’ils déclarent tous les jours […] Personne n’a applaudi… C’est grave pour la démocratie, c’est grave pour le pays. »

À trois mois, du référendum, le spectacle, c’est certain, manque de hauteur.

C.M. ©MD-DNC


Bureau

Le bureau du Congrès a été renouvelé comme suit :

1re vice-présidente : Caroline Machoro- Reignier (UC, FLNKS et Nationalistes)

2e vice-président : Léonard Sam (CE)

3e vice-président : Roch Wamytan (UC, FLNKS et Nationalistes)

4e vice-présidente : Nina Julie (CE)

5e vice-président : Emile Nechero (Uni)

6e vice-présidente : Nicole Andrea-Song (Les Républicains calédoniens)

7e vice-présidente : Henriette Falelavaki (Les Républicains Rassemblement-MPC)

8e vice-président : Ithupane Tieoue (Uni)


Commissions

Les présidences des commissions ont aussi été réattribuées :

Louis Mapou a finalement obtenu la commission permanente au troisième tour face à Philippe Gomes qui en devient le vice-président.

Finances et budget : Philippe Dunoyer

Législation et réglementation économiques et fiscales : Monique Jeandot

Législation et réglementation générales : Roch Wamytan

Organisation administrative et fonction publique : Nadeige Faivre

Infrastructures publiques, aménagement du territoire, développement durable, énergie, transports et communication : Nina Julié

Travail et formation professionnelle : Henriette Tidjine-Hmae

Santé et protection sociale : Rusmaeni Sanmohamat

Sports : Nicole Andréa-Song

Agriculture et pêche : Isabelle Lafleur

Enseignement et culture : Charles Washetine

Législation et réglementation relatives aux affaires coutumières : coprésidence de Gérard Poadja et Sylvain Pabouty

Relations extérieures : Roch Wamytan

Droits de la femme et de la famille : Nicole Robineau

Commission spéciale chargée de la refonte du règlement intérieur du Congrès : Philippe Dunoyer

Commissions spéciales vie chère : Gaël Yanno.

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