Du mouvement autour des pesticides

La question des pesticides n’en finit pas d’opposer les associations de protection de l’environnement et des consommateurs. Alors que le glyphosate sera prochainement interdit pour les particuliers, un arrêté du gouvernement a été annulé par la cour administrative d’appel de Paris. Une décision qui oblige l’exécutif à présenter un nouveau texte au Congrès prenant davantage en compte les représentants de la société civile et l’intérêt public.

La guerre des pesticides est loin d’être finie. Cela fait maintenant plusieurs années que les associations de protection de l’environnement et des consommateurs attaquent les arrêtés et autres textes du gouvernement devant les tribunaux, obtenant le plus souvent gain de cause. Le dernier recours date de décembre 2018. Porté par EPLP, il remettait en cause l’arrêté de mai 2017 qui visait à réformer le comité consultatif des produits phytopharmaceutiques à usage agricole et à usage de jardin.

EPLP a obtenu gain de cause, la cour administrative d’appel de Paris ayant estimé que la composition du comité, dont la mission est d’émettre des avis sur l’agrément des substances et l’homologation des pesticides, ne prenait pas en compte les intérêts publics et la représentation de la société civile. Une absence de prise en compte étonnante, mais qui semble devenue une règle et pas seulement en matière de produits phytosanitaires. L’exécutif a mis presque systématiquement de côté la représentation de la société civile, refusant de fait de prendre en compte et même d’entendre les propositions de la population. Des décisions pointées par le Conseil économique social et environnemental.

Mieux prendre en compte les intérêts publics

Le gouvernement devra donc revoir sa copie et réintégrer les représentants des associations de protection de l’environnement et de défense des consommateurs, mais aussi d’une association en lien avec la protection de la santé publique. Il pourrait très prochainement proposer un nouveau texte puisqu’en l’état, tout nouveau pesticide ne peut être autorisé. Mais au-delà de la composition du comité, les associations s’inquiètent de la multiplication des homologations de pesticides, herbicides et fongicides et des substances actives.

L’idée étant de varier les produits afin de ne pas développer de résistance chez les insectes et d’éviter une trop grande accumulation d’un même produit dans les sols. Alors que le membre en charge du gouvernement clame que la Nouvelle-Calédonie dispose de la réglementation sur les produits phytosanitaires la plus stricte du monde, EPLP pointe la question de limite maximale de résidus (LMR), autrement dit la concentration maximale de produits devant être retrouvée dans les fruits et légumes traités. Une pratique qui conduit à former des cocktails de pesticides aux effets peu connus, selon la fédération d’associations.

La question des LMR

En matière de LMR, la Nouvelle-Calédonie est loin d’être la plus stricte. Elles ont été fixées par une délibération datant de 1996 qui n’a jamais été révisée, selon EPLP. L’association a demandé avec insistance à ce que cette liste soit revue. La fédération souligne que certaines LMR sont largement supérieures à celles autorisées dans l’Union européenne, EPLP précisant que dans certains cas, les normes calédoniennes sont 100 fois supérieures à celles de l’UE. Si cette question est essentielle, le site de la Davar (www.davar.gouv.nc) propose pourtant très peu d’informations la concernant. La Calédonie étant relativement dépendante des fruits et légumes importés, notamment en provenance de l’Australie et la Nouvelle-Zélande, la question des LMR est assez complexe. Si le territoire devait adopter des LMR plus restrictives, certains produits ne pourraient tout simplement plus être importés.

Le dossier des pesticides devrait toutefois connaître des avancées cette année, tout d’abord avec l’interdiction du glyphosate pour les particuliers dès le 7 février. À partir de cette date, il sera totalement interdit de commercialiser ce produit utilisé comme herbicide. Cette mesure permettra de réduire de moitié les quantités importées. Chaque année, près de 50 tonnes de glyphosate était consommées sur le territoire, la moitié par les particuliers, l’autre par les agriculteurs. D’ici trois ans, les agriculteurs devront suivre une formation d’applicateur et obtenir le diplôme Certiphyto NC1 ou NC3.

En parallèle, la Chambre d’agriculture a lancé une réflexion autour du développement de l’agriculture biologique. Le forum Agrinnov, qui se tiendra fin mars, a vocation à recueillir des propositions concrètes visant à protéger les productions agricoles et assurer le déploiement de la production biologique. L’idée étant également d’offrir aux agriculteurs des alternatives aux produits chimiques.

M.D.

 

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