Crispation autour des prix

Cinq mois après le passage à la TGC, le gouvernement a souhaité dresser un bilan de l’impact sur les prix. Un bilan qui se veut très positif en dépit de nombreuses critiques.

À un peu plus d’un mois des élections provinciales, l’enjeu est de taille. Pour Philippe Germain, le président du gouvernement, également l’un des principaux responsables de Calédonie ensemble, il s’agit de défendre son bilan sur la question sensible du pouvoir d’achat. Une question qui est au cœur des préoccupations de nombreux Calédoniens et devrait occuper une bonne place parmi les thèmes des prochaines élections provinciales. Le président du gouvernement est donc plutôt fébrile lorsque l’on aborde la question de manière un peu critique.

C’est d’ailleurs pour cette raison que Philippe Germain a organisé, le jeudi 21 mars, une conférence de presse pour rétablir « sa vérité » sur l’évolution des prix suite à l’instauration de la taxe générale sur la consommation. Avec force, chiffres et l’appui de Lionel Borne, à la tête de la Direction des affaires économiques, le président a martelé que la TGC et le contrôle des marges avaient permis de réduire le niveau des prix. La litanie des – 6,8 % sur les laitages, – 7,7 % sur les fruits, – 15,3 % sur les produits alimentaires divers ou encore – 6,9 % pour le prix du gazole, idem pour les pièces détachées qui ont perdu 15 %.

Ces baisses sont réelles, mais loin d’illustrer globalement la réalité de l’évolution des prix. Ces chiffres, le prix des carburants n’a par ailleurs rien à voir avec la TGC, ne prennent pas en compte la hausse du prix de nombreux produits. Comme Philippe Germain l’a indiqué, l’indice des prix sur les 12 derniers mois est en recul avec un taux de – 0,1 %. « Pour la première fois de son histoire, la Nouvelle-Calédonie connaît donc une déflation des prix », souligne le chef de l’exécutif. Une information qui paraît peu probable si l’on considère les différentes récessions économiques qu’a connues le territoire depuis les années 50 en lien avec les cycles du nickel, sans même parler du fait qu’une déflation est une baisse des prix sur le long terme, ce qui est loin d’être le cas.

Bricolage de chiffres

De manière plus générale, ce que montre ces chiffres, c’est que la réglementation a permis de juguler la hausse de l’inflation de manière temporaire, les baisses étant compensées par des hausses de prix. On peut s’interroger sur le bilan présenté par le gouvernement qui paraît peu rigoureux. L’exécutif compile des chiffres issus de sources très différentes dont certaines étant largement discutables, c’est le cas des analyses réalisées par la DAE qui se concentrent sur un nombre limité de produits dont les prix ont baissé et uniquement ceux-là.

Les études portent également sur un nombre très restreint d’enseignes qui déclarent elles-mêmes leurs prix, autrement dit, aucun contrôle systématique n’est réalisé dans les commerces. De la même façon, le président du gouvernement annonce une baisse des loyers de 20 % sans prendre la moindre précaution. Il faut toutefois noter qu’il s’agit d’une estimation de la Fédération territoriale des agents immobiliers qui n’a fait l’objet d’aucune étude. Ces baisses annoncées par les agents immobiliers portent en réalité uniquement sur les logements construits dans le cadre de la loi de défiscalisation locale qui vient de s’achever. Pour les autres, l’indice de révision des loyers, qui a été publié par l’Isee le jour de la conférence de presse, montre que les loyers ont progressé de près de 25 % entre 2006 et aujourd’hui. Autant d’éléments hétéroclites qui sont loin de constituer une analyse exhaustive et globale de la situation par des experts.

Pas de chance non plus pour l’exécutif, Nouméa s’est tristement illustrée dans la presse internationale comme la vingtième ville la plus chère du monde. Une triste performance à retrouver dans la très sérieuse publication The Economist. Plus frappant, la capitale calédonienne a « gagné » près de 30 places, passant de la 53e à la 20e position. Si ce glissement s’explique par un niveau de prix très élevés, il s’explique également par le change de l’euro auquel est arrimé le franc CFP.

Mais, plus inquiétant, les commerces calédoniens ne cessent de se récriminer expliquant être pressurisés par le contrôle des prix. Un argument auquel le président du gouvernement oppose la nécessité de revoir la rentabilité de certaines entreprises. Reste que les risques d’inflation à l’issue de la période de contrôle sont très élevés. Certains chefs d’entreprise ont même déjà annoncé qu’ils devraient revoir leurs prix à la hausse. Une volonté que Philippe Germain a dénoncée, expliquant que la fin du gel des prix de 2014 n’avait pas conduit à une hausse des prix et qu’une baisse des prix leur était profitable dans le sens où cette baisse doit logiquement se traduire par une augmentation du volume des ventes.

Deux arguments qui ont du mal à se confronter à la réalité. Si l’on regarde les chiffres de l’inflation, on remarque effectivement que les prix en 2015 et 2016 ont progressé relativement doucement. L’explication tient toutefois à l’adoption d’un accord des partenaires sociaux pour maintenir le niveau des prix d’ailleurs partiellement négocié par Philippe Germain lui-même. En 2017 et 2018, une fois l’accord terminé, l’inflation a progressé à un rythme beaucoup plus soutenu.

Le grand black-out du pouvoir d’achat

Sur la question de l’effet volume, contrairement à ce que soutient le président du gouvernement, les entreprises ne s’y retrouvent pas nécessairement. Cela n’a, par exemple, pas été le cas pour les yaourts de Tennessee Farm, comme le soulignait son patron et, plus généralement, le syndicat des importateurs et des distributeurs indique qu’après le désarmement quelques effets volumes ont été constatés sur des produits tels que les biscuits, les capsules de café ou encore les barres de chocolat, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Sans compter les fortes hausses sur l’alcool qui représentaient pour de nombreux distributeurs une grosse partie de leurs recettes. Selon Sylvie Jouault, la déléguée générale du SID, certains petits commerces, en particulier dans les îles, sont à quelques mois de la fermeture.

Outre ce sentiment des distributeurs, Éric Dinahet, en charge de l’économie et de la fiscalité au Medef-NC, souligne la baisse régulière de la consommation ces dernières années. La consommation finale des ménages progressait de 2,5 % en 2014, 2 % en 2015, 0,6 % en 2016 et 1 % en 2017, selon la dernière étude Cérom. Sur la période 1998-2011, la progression moyenne de la consommation finale était de 3,5 %. Des chiffres qui, selon le membre du Medef-NC, traduisent la situation critique de l’économie calédonienne. Un contexte qui ne permet pas de faire jouer l’effet volume, d’autant que si la baisse des prix pour les biens supérieurs ou de luxe peut générer une augmentation des ventes, ces dernières permettent simplement de maintenir le chiffre d’affaires. A contrario, pour les biens de première nécessité dont la consommation est peu sensible au niveau du prix, « l’effet volume ne permet pas de reconstituer la marge de l’entreprise ».

Pour le consommateur, la véritable question n’est pas tellement le niveau des prix, mais bien celle du pouvoir d’achat. Et en la matière, l’inaction politique des dix dernières années, tous partis confondus, fait que personne ne peut dire précisément comment il a évolué même si de nombreuses pistes laissent à penser qu’il s’est détérioré. La dernière enquête (Budget consommation des ménages) qui avait permis de mesurer le pouvoir d’achat ainsi que les inégalités a été réalisé en 2008. La nouvelle étude, dans un format un peu plus léger, est actuellement en cours. L’Institut de la statistique qui n’a pas pu communiquer faute de moyens appelle d’ailleurs la population à réserver le meilleur accueil aux enquêteurs afin que l’étude puisse se dérouler dans les meilleures conditions. Les premiers résultats ne sont pas attendus avant mi-2019, soit bien après les élections provinciales.

M.D.


Pensez à comparer

Il existe un outil géré par la Direction des affaires économiques permettant de comparer les prix. L’Observatoire des prix vous permet de constituer votre panier et de voir dans quelle enseigne il vous coûtera le moins cher. L’outil propose également d’autres fonctionnalités intéressantes. Seul bémol, il ne permet pas d’obtenir d’historique sur l’évolution des prix. Il est à retrouver sur l’adresse suivante : www.observatoiredesprix.nc

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