COP21: Le marathon planétaire est lancé

150 dirigeants sont réunis à Paris depuis lundi. Après l’échec de Copenhague, cette 21e Conférence sur le climat doit aboutir le 11 décembre au premier accord mondial visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. Parviendront-ils à engager ce virage historique ?

Au premier jour de la Conférence des Nations unies sur le climat à Paris, les 150 chefs d’État et de gouvernement du monde entier sont passés à la tribune, appelant à une action urgente contre le réchauffement climatique.
« Il s’agit de décider à Paris de l’avenir même de notre planète […] Les bons sentiments, les déclarations d’intention ne suffiront pas », a prévenu en ouverture le Président François Hollande, qui a plaidé pour la conclusion d’un accord « universel, différencié et contraignant ». En clair, un accord qui implique que tous les pays apportent leur pierre à l’édifice, que leurs objectifs correspondent néanmoins à leur niveau de développement économique et aussi la notion de contrainte, de sanctions pour les pays ne respectant pas les objectifs, un volet particulièrement problématique comme l’a déjà démontré l’exemple du protocole de Kyoto. Dernier point qui semble d’ailleurs déjà compromis.

Inégalités

Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, a exhorté l’assemblée à répondre aux défis climatiques « avec courage et vision » et à ne pas s’en tenir à des « demi-mesures ». Le président américain Barack Obama – dont le pays est le plus gros pollueur par habitant au monde-a appelé à «être à la hauteur» de l’enjeu, expliquant qu’il n’y a plus de « conflit entre croissance économique et protection de l’environnement ». Le Premier ministre britannique, David Cameron, a interrogé la salle : « Si nous ne réussissons pas, nous dirons à nos enfants que c’était difficile ? »

Mais les lignes de fractures entre les pays sont réapparues. Pour les pays en développement, si la signature d’un accord est essentielle, la répartition des responsabilités l’est tout autant. Le président chinois Xi Jinping et le Premier ministre indien Narendra Modi ont eu les mêmes requêtes : que les pays développés assument plus de responsabilités, qu’ils s’engagent à financer les politiques climatiques du Sud, et que les pays en voie de développement soient « autorisés à se développer ». Pour Narendra Modi, « les engagements doivent être conformes à l’empreinte écologique des pays ».

Les dirigeants africains ont espéré qu’à cette occasion les pays du Nord leur donnent, là aussi, les moyens de réparer les dégâts causés sur leur continent, alors qu’ils ne sont eux-mêmes responsables que de 4 % des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Allant dans le même sens pour le Pacifique, le président des Philippines, Benigno S. Aquino III, a rappelé que son peuple a « l’une des plus petites empreintes carbone du monde » mais qu’il est en première ligne des risques liés au dérèglement climatique. Les ONG ont globalement salué l’impulsion et le volontarisme des leaders. Ils restent vigilants sur la concrétisation des ambitions affichés.

Négociations

Après les discours, la deuxième journée, mardi, a laissé place aux négociations. Les protagonistes doivent plancher sur un texte d’une cinquantaine de pages, sur les mesures à prendre pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Comportant plusieurs chapitres, ce document propose un cadre général sur l’objectif, dans le long terme, de réduction, par les pays émetteurs de gaz à effet de serre, l’adaptation au changement climatique et les financements des politiques climatiques des pays en développement. Les négociateurs auront également, durant leurs travaux, à examiner un mécanisme pour réviser régulièrement à la hausse les engagements des pays.

Pour l’instant 184 pays sur 195 ont publié des plans de réduction de leurs émissions. Cependant, les positions des négociateurs restent très éloignées les unes des autres selon le niveau de dépendance aux énergies fossiles, leur stade de développement et leurs ressources. Plusieurs pays pétroliers, comme ceux du Golfe, ou charbonniers, comme l’Australie et la Chine, ne sont pas prêts à engager une transition qui va à l’encontre de leurs intérêts, même s’ils prévoient, dans leurs contributions, des réductions à long terme des émissions de gaz à effet de serre et leur soutien aux pays pauvres.

Et il faut ajouter à cela la problématique des pays insulaires et moins développés, qui sont déjà touchés par les conséquences du dérèglement climatique. Ces États dans le Pacifique ou en Afrique, sont déjà dans une situation d’urgence climatique face à la montée des eaux, la sécheresse, la désertification et autres catastrophes naturelles. Ils attendent des mesures fortes et rapides, pour les sauver d’abord, ainsi que des financements pour des projets de développement durable. Dans un sommet dédié à l’Afrique, François Hollande a promis deux milliards d’euros d’ici 2020 pour le financement des énergies renouvelables. La Banque mondiale a de son côté dressé un plan de 16 milliards de dollars d’ici 2020 pour répondre aux défis les plus urgents sur le continent africain. Il a par ailleurs été question de la préservation des forêts qui captent un quart de nos émissions de CO2 et de l’aide aux pays tels que le Cameroun ou l’Indonésie. Onze pays du Nord ont promis une enveloppe de 248 millions de dollars au Fonds pour les pays les moins avancés (FPMA). Parmi les donateurs : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les États- Unis ou encore le Canada.

Il reste une semaine aux pays pour tomber d’accord sur un maximum de mesures. L’échec de la conférence de Copenhague plane évidemment sur le Bourget, mais les conditions semblent plus propices qu’en 2009, la Chine et les États-Unis ayant notamment changé leurs positions. Et c’est sans compter l’accélération des dégâts du réchauffement, et la prise de conscience grandissante de l’opinion publique. Quoi qu’il en soit, l’enjeu est crucial et même un accord imparfait serait un plus.

C.M.

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