Conflit des rouleurs : est-il encore possible de sauver l’honneur ?

 

Le conflit des rouleurs est dans une impasse. Tout le monde en convient. Mais chaque groupe politique sait aussi que la seule solution pour sortir dignement du conflit passera par le consensus. Cette solution ne sera cependant qu’une étape dans la révision du schéma minier, en particulier sur la question des exportations. En attendant d’entamer ces réflexions, les rouleurs et le gouvernement ont repris les discussions, jeudi matin à 9 heures. Au moment de boucler notre édition, la levée ou la reprise des blocages n’était pas encore décidée et dépendait de l’issue de cette réunion.

Deux semaines et le conflit ne fait que s’enliser. On voit mal d’ailleurs comment trouver une issue permettant à toutes les parties de sortir la tête haute. Mercredi matin, la tension est montée d’un cran avec le blocage complet de la capitale, du jamais vu de mémoire de Calédonien. Si de petits incidents sont à déplorer, la situation est restée calme. Un calme que Vincent Bouvier, le haut-commissaire, aurait certainement préféré moins fragile car c’est bien l’escalade et les dérapages que chacun redoute.

Après s’être entretenu par téléphone mercredi matin avec Thierry Santa, le président du Congrès, Vincent Bouvier attendait avec impatience l’envoi d’un signe aux rouleurs afin de relancer les discussions et sortir de l’impasse. Pour les élus, le bras de fer se double d’une course contre la montre, surtout après que le syndicat CSTC-FO a lancé un préavis de grève générale, pour la journée de jeudi, visant à réclamer la démission du gouvernement.
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La Chine au cœur du blocage

Malgré l’impasse, les différents groupes politiques voulaient tout de même croire à un compromis possible. Pour rappel, le groupe technique des présidents et des signataires (GTPS), qui avait rencontré les rouleurs le 11 août, avait tenu à les « rassurer » sur l’ensemble de leurs revendications, excepté sur la principale, l’ouverture des exportations de minerai latéritique vers la Chine.

Si les sous-traitants attendent encore des garanties sur la pérennité de leurs activités, ce sont bien autour des exportations vers la Chine que se cristallisent toutes les oppositions qui ont glissé de la négociation commerciale entre acteurs privés sur le terrain politique. Et les visions des différents groupes politiques sont désormais bien connues. Pour Calédonie ensemble, l’idéal se rapproche de la stratégie défendue par la SMSP et soutenue par le Palika, à savoir de détenir une participation majoritaire au capital des outils métallurgiques – levier d’émancipation économique – et d’interdire, à plus ou moins long terme, les exportations de minerai brut, dont la valeur ajoutée pour le territoire est relativement plus faible (un tiers de moins) que la valorisation locale ou par une usine off-shore comme celle de Corée du Sud.

QNi prêt à acheter 9 millions de tonnes

Calédonie ensemble s’appuie sur les chiffres de l’experte Anne Duthilleul pour justifier sa position sur les exportations. En parallèle, Philippe Germain continue de privilégier la voie australienne pour rassurer les rouleurs, en garantissant que Clive Palmer, le président de QNi, reste tout disposé à acheter des latérites calédoniennes (minerai à basse teneur en nickel). C’est par courrier en date du 17 août que le milliardaire a répondu au gouvernement en lui assurant sa volonté d’acheter cinq millions de tonnes de minerai, auxquels il se dit prêt à ajouter quatre millions de tonnes supplémentaires, à « des prix minimums acceptables ». Dans ce contexte, on peut se demander pourquoi les exportations effectivement réalisées au premier semestre 2015 sont près de deux fois moins élevées qu’en 2014.

De l’autre côté, les Républicains ont, dès le début, apporté leur soutien aux mineurs et sous-traitants selon le principe que les institutions doivent se cantonner à un rôle réglementaire et laisser assumer les risques financiers aux privés. Le groupe politique dénonce avec force une stratégie qui aurait pour conséquence la disparition des mineurs et sous-traitants indépendants, au profit d’une seule société, en l’occurrence la SMSP. Philippe Gomès n’a d’ailleurs pas éludé la question à l’occasion d’une conférence de presse, mardi 18 août. Pour le leader de Calédonie ensemble, cette question d’une structure territoriale – et donc l’entrée au capital de la SMSP des provinces Sud et Îles – devrait être clairement posée lors des débats sur la stratégie minière.

Si Calédonie ensemble, le Palika et les Républicains affichent leur position avec fermeté, celle de l’UC est plus complexe. Les dissonances sont nombreuses sur cette question au sein plus vieux parti calédonien, certains étant des partisans du modèle de la SMSP et d’autres, plus ouvert à la question des exportations. C’est donc peut-être une fois encore l’UC, après l’élection du gouvernement Germain, qui pourrait faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.

La fin de l’État de droit ?

Mais Pierre Frogier est convaincu d’une chose, ce n’est pas avec une majorité que la question sera tranchée. Le sénateur rappelant une fois encore qu’en Calédonie, « la seule loi de la majorité ne permet pas de décider sur tous les dossiers » et que le nickel s’est toujours invité au cœur des évolutions politiques du territoire. Si les points de vue concernant les doctrines sont tranchés, chacun sait, y compris du côté de Calédonie ensemble, que c’est par le consensus que se résoudra le conflit.

Un consensus qui pourrait toutefois écorner la crédibilité des institutions et poser clairement la question de l’état de droit dans ce contexte qui laisse à penser que l’on peut tout obtenir par la force. Pour Pierre Frogier, « la Nouvelle-Calédonie est devenue une petite république bananière dans la grande République française ». Le sénateur en appelle à Vincent Bouvier pour qu’il assume pleinement ses responsabilités tout en constatant que la classe politique calédonienne n’est clairement pas au niveau. Rien ne dit pourtant qu’une intervention de l’État ne vienne encore ajouter une musique supplémentaire dans cette cacophonie. Et il faut faire vite pour éviter toute escalade qui compliquerait le règlement de la situation.

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