Conflit des rouleurs Rien ne va plus, les jeux sont faits !

Signé voici maintenant une semaine, le protocole d’accord de fin de conflit a permis de faire baisser la pression. Les rouleurs ont repris le chemin des mines, les Nouméens ont retrouvé leur liberté de circuler mais sur le fond rien n’est vraiment réglé. Toutefois, ce conflit a permis de pointer du doigt ce qui constituera, à n’en pas douter, le socle des discussions et des négociations au cours des deux années qui nous séparent de la première étape du processus de sortie de l’Accord de Nouméa. 

Comme tout protocole d’accord, le document signé et paraphé par les mineurs, les rouleurs et le gouvernement est le fruit d’un compromis et chacun peut, à juste titre, y retrouver une partie de ses propres revendications.

Alors certes, rouleurs et mineurs n’ont pas obtenu l’autorisation formelle de pouvoir exporter des latérites à très basse teneur vers des clients chinois, mais ils peuvent malgré tout se féliciter des termes du préambule.

Il y est reconnu leur fragilité à ne dépendre que d’un seul client (l’australien QNI : NDLR) ainsi que la chute de leur volume d’exportation vers l’Australie que ne compense que partiellement, et pas dans tous les cas, l’augmentation de tonnage d’autres minerais à destination de la Corée et du Japon.

Le protocole pose aussi de manière catégorique la demande de la SMSP, formulée le 17 août, de pouvoir exporter des latérites vers la Chine dans le cadre de son projet en association avec le groupe Jinchuan basé dans la province de Gansu.

Mais d’autres points méritent aussi d’être mis en avant, notamment le fait que dorénavant, rien ne pourra se faire dans l’élaboration d’une « stratégie nickel » sans y associer l’ensemble de la profession, donc les mineurs et leurs sous-traitants que sont les rouleurs, le protocole fait aussi le constat d’un échec dans la désignation d’un membre du gouvernement en charge du secteur (puisque Philippe Germain n’en est en charge que par défaut), enfin il est signalé que le syndicat des exportateurs de minerai tout comme Contrakmine sont favorables à la mise en place d’une redevance nickel, sans toutefois qu’en soient précisées les modalités.

Plus rien ne sera  comme avant 

Il est indéniable que ce conflit marque un nouveau départ. « Plus rien ne sera comme avant sur la question de la stratégie minière », a-t-on pu entendre ici et là depuis une semaine, et c’est assez juste.

Sur le plan économique, les principaux acteurs de ce long conflit ont repris le travail mais la question de la valorisation des latérites à basse teneur (moins de 1,65 %) reste d’une cuisante actualité et le sujet reviendra d’ici quelques jours sur le devant de la scène.

Or, mineurs et rouleurs n’ont pas abdiqué, pas plus que les nombreux partisans d’un modèle économique qui laisse les fournisseurs choisir leurs clients et leurs débouchés en fonction des conditions du marché.

à l’évidence, cette vision de l’économie et de la société recueille aujourd’hui l’adhésion de tous ceux qui, quelle que soit la province dans laquelle ils exercent leur activité, ont fait et font le dynamisme et le développement de la Nouvelle-Calédonie, tous ceux pour qui les collectivités publiques ont plus vocation à soutenir l’initiative privée qu’à s’y substituer même si pour des raison de basse politique politicienne tous n’osent pas l’avouer au grand jour, notamment dans les rangs de la FINC (Fédération de l’industrie) ou de la CGPME.

D’autant que la question de l’exportation vers la Chine pourrait bien tourner à la tarte à la crème tant sur le fond il ne s’agit que d’un prétexte. Les minerais concernés n’intéressent personne d’autre, et leur vente, encadrée, aurait le mérite d’éviter qu’une nouvelle fois les collectivités publiques soient mises à contribution par l’intermédiaire du Fonds nickel.

Ce serait d’ailleurs cohérent avec les déclarations du grand argentier du gouvernement Germain qui ne cesse de dire à qui veut l’entendre que les caisses sont vides.

Deux modèles opposés

Sur le plan politique, une fois passés les satisfécits liés à la fin des blocages et à la signature du protocole, les prises de position de ces derniers jours ont été nettement moins consensuelles et marquent durablement et profondément une fracture entre deux visions entre deux projets de société.

D’un côté, le Palika de Paul Néaoutyine, une partie non négligeable de l’Union calédonienne et Calédonie ensemble pour qui la politique et la stratégie minière, instaurée par la province Nord depuis des années, doit s’imposer à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie. Cela implique une prise de contrôle des pouvoirs publics sur certains secteurs de l’économie jugés stratégiques (mines, agriculture, tourisme, etc.) avec pour corolaire l’augmentation du poids de l’administration que ce soit en matière de contrôle comme d’effectifs.

Cette vision longtemps portée par les seules indépendantistes doit permettre, pour nombreux de ces partisans, de compenser, à court terme, les transferts financiers en provenance de métropole et l’exercice de compétences régaliennes dans le cadre par exemple d’une indépendance-association

De l’autre côté, la stratégie soutenue par Les Républicains, mais aussi idéologiquement par de nombreux indépendantistes modérés, privilégie un autre modèle.

Aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie et les provinces sont déjà représentées dans le secteur de la mine et de la métallurgie au travers de leurs participations dans différentes structures (STCPI, SPMSC, par exemple). Ce niveau d’intervention est suffisant pour garantir les intérêts des Calédoniens d’autant plus que le Congrès et le gouvernement, qui en est d’une certaine manière l’émanation, déterminent notamment le régime des exportations.

Qui plus est, ce niveau de participation n’entraîne pas les collectivités à prendre en charge les risques industriels ou commerciaux inhérents à l’activité métallurgique, ce dont elles n’ont d’ailleurs absolument pas les moyens.

On le voit, ces deux conceptions diamétralement opposées, mises en lumière par le récent conflit, seront au centre des débats dans les prochaines années.

En conséquence, elles doivent figurer, au même titre que les questions liées à la définition des corps électoraux, parmi les priorités absolues des prochains comités des signataires, à commencer par celui programmé avant la fin de l’année à Paris.

 

Daniel Goa

Le médiateur et patron de l’Union calédonienne sort indéniablement grandi du conflit après avoir réussi à faire signer aux rouleurs le même protocole d’accord pourtant refusé la semaine précédente, en gagnant la confiance de ces derniers et en promettant de suivre le dossier. Il a permis que la vie reprenne son cours et montré que la négociation, la discussion et le compromis fonctionnent toujours mieux en Calédonie.

Au sein de l’UC, réunie en comité directeur samedi à Koumac, on a salué l’intervention de Daniel Goa, qui a remis l’UC sur la scène politique minière du territoire et su jongler entre la défense de la stratégie nickel de la province Nord et l’apaisement des inquiétudes des rouleurs et représentants UC du Sud. Mais ce conflit interne est loin d’être réglé, il faudra bien parvenir à une unité.

Philippe Germain

On ne peut pas dire que l’attitude et la stratégie employée par le président du gouvernement ait été bien perçue. Au centre du plus grave conflit de ces dernières années, Philippe Germain a brillé par son manque de charisme et la perte de sang froid. Il n’a compté que sur la confrontation, s’est servi d’évènements pour le moins étranges pour terminer absolument le dialogue. Il a par ailleurs écrasé le peu de notion de collégialité qu’il restait au sein de l’exécutif de la Nouvelle-Calédonie. Mais encore faut-il comprendre qu’il n’a sûrement servi que de messager.

 

 

 

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