Cliniques : le bras de fer avec le gouvernement est engagé

Le personnel paramédical et administratif, les professionnels, l’intégralité des médecins et les trois syndicats des cliniques de Nouméa ont déposé un préavis de grève illimité lundi. Ils veulent être rapidement reçus par le gouvernement pour que le dossier sur la future clinique Île Nou-Magnin avance. Sinon, d’après eux, c’est le dépôt de bilan assuré dans deux mois.

Devant l’urgence de la situation, ils sont déterminés plus que jamais. « Ils », c’est l’ensemble du personnel des trois cliniques de Nouméa : Magnin, Anse-Vata et Baie-des-Citrons, soit plus de 400 personnes. Le préavis de grève, qui a pris e et le 16 avril pour une durée indéterminée, a été déposé par les représentants du personnel, des médecins, les organisations syndicales Soenc santé, SFAO santé-social et Cogetra et les représentants de la direction de la clinique Île Nou-Magnin. « Nous voulons avant tout être reçus par le gouvernement pour avancer et trouver des solutions sur le dossier de la clinique Île Nou-Magnin, explique Alain Tardivon, médecin et coordinateur du mouvement. Ce dossier traîne depuis trop longtemps et si la situation financière n’est pas rapidement traitée avec le gouvernement, nous devrons mettre la clé sous la porte dans deux mois. »

Revalorisation tarifaire

Le dossier, connu depuis l’année dernière et concernant la situation financière de la future clinique ile NouMagnin (INM), n’a pas bougé d’un iota. « Nous demandons donc au gouvernement de prendre ses dispositions pour garantir l’avenir des trois cliniques et de la future clinique. Pour cela nous demandons, côté fonctionnement une revalorisation tarifaire des prestations de soins de 6 % avec un e et rétroactif au 1er janvier 2018 et ensuite 2 % par an pour les trois années suivantes. Cette revalorisation est primordiale et inévitable pour ne pas arriver au dépôt de bilan », précise-t-il.

Financement toujours, l’ensemble du personnel des trois cliniques, tout comme la direction, indique qu’il faudrait également l’octroi en mai prochain d’une subvention d’équipements de 320 millions de francs. « Nous avons un manque de trésorerie de l’ordre d’1,5 milliard. Avec cette aide de 320 millions, nous pourrons ainsi obtenir un prêt bancaire pour la trésorerie qu’il nous faut dans le cadre de l’aménagement de la future clinique. Sur les trois projets d’établissements hospitaliers exigés par le gouvernement (Médipôle, hôpital de Koné, clinique de Nouville), le nôtre est le seul à ne pas être accompagné. »

Autres demandes

Les représentants du personnel, des médecins, les organisations syndicales et la direction de la clinique demandent également la mise en place complète du service SSR (soins de suite et de réadaptation), des urgences 24h/24 et du service UHCD (unité d’hospitalisation de courte durée) dès l’ouverture de la clinique.

« L’échec de l’ouverture de la clinique de Nouville aboutirait à la perte de 400 emplois directs (personnel paramédical et administratif ) sans compter les emplois indirects. Il entraînerait également une catastrophe sanitaire avec un arrêt de l’accès aux soins dans le secteur privé », précisent les représentants du personnel des trois cliniques. « Nous nous donnons une semaine avant une nouvelle réunion et si nous n’avons pas entamé de négociations avec le gouvernement, nous nous mettrons en grève avec les conséquences que cela aura », souligne Alain Tardivon. Les services des urgences, maternité, chimiothérapie et chirurgie seront fermés. Seuls les soins des patients et les dialyses en cours seront assurés. Les patients qui arriveront sur les sites des trois cliniques devront être redirigés vers le Médipôle.

La réponse du gouvernement

Par voie de communiqué, le gouvernement s’est exprimé en rappelant tout d’abord qu’il a déjà accompagné financièrement le projet de la clinique Île Nou-Magnin par des avantages fiscaux (1,264 milliard de francs), des travaux d’infrastructures pour améliorer la desserte du site (241 millions), par une avance de trésorerie en 2017 (350 millions) et une aide financière de 150 millions pour l’investissement en matériel. Ainsi, au total, la Nouvelle-Calédonie a déjà consacré un effort de 2 milliards de francs pour permettre l’ouverture de cette nouvelle clinique.
Dans ce cadre, le gouvernement indique qu’il n’est pas responsable du montage financier, « qui est, aujourd’hui, déconnecté des capacités de l’assurance maladie » et précise qu’à « aucun moment, ni le gouvernement ni la Cafat ne se sont prononcés sur l’adéquation du montage financier aux possibilités du Ruamm. » Le gouvernement enfonce le clou en rappelant les difficultés du Ruamm, qui présente en 2018 un dé cit de 9,9 milliards (sans compter l’impact des demandes de la nouvelle clinique) et indique que « dans ces conditions, il n’est pas possible de donner un accord, en l’état, aux demandes d’augmentation des tarifs et d’activités de la clinique INM ».

Conscient de l’utilité de cet établissement dans la carte sanitaire, de l’investissement du corps médical et des salariés, le gouvernement considère donc « qu’une solution doit être trouvée dans un e ort de toutes les parties (investisseurs immobiliers, actionnaires exploitants, Ruamm et indirectement Agence sanitaire et sociale qui participe à l’équilibre du régime). »

Dans cet esprit, le gouvernement, qui n’annonce pour l’heure pas de réunion, se propose de nommer « un tiers médiateur, expert-comptable, chargé de formuler des propositions à toutes les parties, à condition que tous les éléments financiers lui soient remis » et rappelle, en conclusion, qu’en tout état de cause, il « n’est nullement responsable de la situation qui n’incombe qu’aux actionnaires privés, et regrette qu’un chantage à l’emploi soit exercé.


La clinique Île Nou-Magnin

Déjà regroupées juridiquement, les trois structures, Magnin, Baie-des-Citrons et Anse-Vata, doivent intégrer en septembre le nouveau bâtiment à Nouville. La clinique Île Nou-Magnin, ce sera 30 000 m2, 269 lits et 400 salariés. 13,7 milliards ont été empruntés pour la construire, mais le plan de financement était basé, à l’époque, sur des conditions difficilement tenables aujourd’hui, avec un Ruamm qui est à l’agonie.

C.S

 

 

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