Blocage institutionnel du gouvernement : des solutions ?

Tout s’est passé comme annoncé. Les onze membres du 16e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ont été élus jeudi selon la composition annoncée, mais aucune majorité n’a pu être trouvée pour désigner un président et un vice-président du nouvel exécutif, Calédonie ensemble tenant à bloquer l’institution.

En moins de vingt minutes, les élus du Congrès ont élu les 11 membres du 16e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Sur les 54 élus, trois avaient donné procuration : Philippe Gomès et Philippe Dunoyer, de Calédonie ensemble, et Nadia Heo, de l’Uni. Seul un élu était absent en la personne de Louis Kotra Uregei. Le président du Parti travailliste, qui siège au Congrès sans étiquette, a préféré par son absence ne pas choisir entre l’un ou l’autre groupe indépendantiste qui présentait une liste.

Le vote s’est déroulé comme prévu, chaque élu et chaque groupe campant sur ce qu’ils avaient annoncé la veille. Ont donc été élus pour L’Avenir en confiance avec 22 voix : Thierry Santa, Christopher Gyges, Isabelle Champmoreau, Yoann Lecourieux, ainsi que Vaimu’a Muliava de l’Éveil océanien. L’UC-FLNKS et Nationalistes a recueilli treize voix et trois membres : Gilbert Tyuienon, Didier Poidyaliwane et Jean-Louis d’Anglebermes. L’Uni a obtenu douze voix, donc deux sièges pour Jean-Pierre Djaïwé et Valentine Eurisouké. Enfin, Calédonie ensemble a recueilli les six voix prévues permettant à Philippe Germain, président sortant, de retrouver un siège dans le nouveau gouvernement.

Pas de président

Le président du Congrès, Roch Wamytan, ne pouvait pas formuler de meilleure phrase pour féliciter les nouveaux membres du gouvernement, lors de la proclamation des résultats : « Mesdames, Messieurs, je vous félicite et je vous souhaite… bon courage ! » Effectivement, du courage, il en faudra pour constituer le nouvel exécutif. Preuve en est, une heure plus tard, les onze membres ont été convoqués par le haut-commissaire, Thierry Lataste, pour tenter de dégager une majorité et désigner un président et un vice-président. Thierry Santa, Gilbert Tyuienon et Jean-Pierre Djaïwé étaient candidats et chacun a obtenu les voix des élus de son groupe : cinq pour Thierry Santa, trois pour Gilbert Tyuienon, deux pour Jean-Pierre Djaïwé. Mais comme annoncé par Calédonie ensemble, Philippe Germain a voté blanc. Une position qui bloque l’institution, car pas de président, pas de gouvernement. En attendant, c’est donc toujours lui qui devra gérer les a aires courantes jusqu’à ce que les onze membres nouvellement élus trouvent un consensus. Concrètement, l’ancien gouvernement assure la continuité du service public, il ne peut faire adopter ni loi, ni délibération et ne peut autoriser de nouvelles dépenses sauf en cas d’extrême urgence. Il faut donc faire vite et les membres du nouveau gouvernement sont appelés à se retrouver pour une nouvelle élection de son président et son vice- président, vendredi 28 juin, à la demande du haut-commissaire.

Une situation inquiétante

Cette situation de blocage n’est pas inédite, elle s’était déjà produite après la démission, en décembre 2014, du gouvernement Ligeard et cela avait duré quatre mois. Puis en 2017 pour le gouvernement Germain, suite à la démission de Philippe Dunoyer appelé à être député. Remplacé par Nicolas Metzdorf, cette fois c’est Christopher Gyges qui avait bloqué la situation de la présidence pendant trois mois. Deux situations qui pourtant sont différentes : le nouveau gouvernement se retrouve bloqué par un seul membre élu, Philippe Germain.

Un blocage qui n’est pas vraiment de bon augure et plonge les Calédoniens dans le doute, l’inquiétude, compte tenu de la situation économique et sociale de la Nouvelle-Calédonie actuellement.

La réaction des élus

Comme l’a expliqué Thierry Santa dès sa sortie de la réunion du nouveau gouvernement : « Il y a urgence pour le Ruamm, nos comptes sociaux sont au bord de l’explosion, l’économie est au plus mal, les finances publiques dans le rouge et avec cette position, Calédonie ensemble prend en otage les institutions. Ils porteront une très lourde responsabilité vis-à-vis des Calédoniens qui devront subir leur choix. » En réponse, Philippe Germain a été clair en écrivant sur sa page Facebook : « Le pays est donc en l’état ingouvernable et L’Avenir en confiance ne peut s’en prendre qu’à lui-même. La question n’est d’ailleurs pas tant d’élire un président du gouvernement, mais de trouver les équilibres pour gouverner le pays et préparer la sortie de l’Accord de Nouméa ». L’élu de Calédonie ensemble reproche à L’Avenir en confiance d’avoir exclu son parti, tout comme l’a précisé Philippe Michel le jour de l’élection : « Calédonie ensemble a été exclu de toute responsabilité à la province Sud comme au Congrès. Inversement, L’Avenir en confiance et l’Éveil océanien ont ouvert des discussions avec le FLNKS pour former, je cite, un gouvernement de consensus. Ils ont donc la possibilité de sortir du blocage de cette façon. »

Une position que dénonce L’Avenir en con ance ainsi que les indépendantistes qui ont décidé, cette fois, de proposer une autre gestion. Gilbert Tyuienon, de l’UC, a souligné : « Nous avons permis en 2015 et 2017, grâce aux voix des indépendantistes, d’élire un président au gouvernement. Cette fois-ci, nous voulons démontrer qu’une autre politique est possible. À la façon d’obtenir une sixième voix, à ceux d’en face de voir ce qui est possible. Nous sommes dans un pays où se pratique le retour de coutume. »

Quelles solutions ?

Compte tenu des positions des uns et des autres, la situation ne pourra se débloquer que si un accord est trouvé. Le plus simple et le plus rapide serait que Calédonie ensemble se résolve à voter pour Thierry Santa, mais en échange de quoi ? En termes de négociation, tout est possible et les secteurs peuvent pencher dans la balance tout comme le poste de troisième vice-président de la province Sud, qui doit pourtant revenir à un membre de l’Éveil océanien. Mais dans ce type de tractations, tout est envisageable même si pour beaucoup d’élus, ceux qui ont eu les voix de la majorité des Calédoniens, il ne s’agit ni plus ni moins que de chantage.

Deuxième option, qu’une partie des indépendantistes donne sa voix à Thierry Santa. Pour cela, il faut qu’ils arrivent à négocier la vice-présidence et surtout les secteurs dont ils aimeraient avoir la charge.

Troisième option, l’ensemble des indépendantistes négocient, mais pas dans l’urgence, avec Calédonie ensemble et le seul président qui a gouverné en grande partie avec eux ces quatre dernières années, Philippe Germain. Une situation qui semblerait ubuesque, mais néanmoins possible. Pour preuve, les propos tenus ce week-end par Victor Tutugoro à la sortie du comité central de l’UPM (Union progressiste en Mélanésie).

Enfin, la dernière option, et la plus dangereuse compte tenu de l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, le parti de Philippe Gomès se rallie aux cinq membres indépendantistes leur offrant ainsi la présidence.

Tout est possible et la « composante » Calédonie ensemble e raie les Calédoniens qui ont vu dans leur jeu une reprise du pouvoir, et ce, malgré la déculottée aux dernières élections. Il se pourrait que les membres du parti ne veuillent rien lâcher. C’est ainsi, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie se doit d’être collégial et « marqué du consensus », mais à quel prix ?

C.S

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