Bientôt un accord bilatéral avec le Vanuatu ?

Dans le cadre de son intégration régionale, la Nouvelle-Calédonie a passé un accord commercial avec le Vanuatu, mercredi au sein de la Communauté du Pacifique. Cet accord est le fruit de plus d’une année de travail et vient renforcer des liens entre les deux pays déjà très étroits. Il marque également le début d’une véritable intégration du territoire dans sa zone d’influence.

C’est un grand pas pour l’intégration régionale de la Nouvelle-Calédonie, un peu tardif, mais un grand pas tout de même. Alors que l’Accord de Nouméa prévoyait la construction d’une « diplomatie » calédonienne presque rien n’avait été entrepris jusqu’à ces dernières années. Le premier signe a été le recrutement d’une personne en poste en Nouvelle-Zélande en 2012. Il a toutefois fallu encore attendre de longues années avant que le gouvernement ne finisse par recruter les futurs délégués calédoniens, sortes d’« ambassadeurs » au sein du réseau d’ambassades françaises dans la région. D’ici l’année prochaine, ils devraient tous être en poste en Nouvelle-Zélande, en Australie, à Fidji, en Papouasie Nouvelle-Guinée et au Vanuatu.

En attendant, la diplomatie calédonienne, qui est une compétence partagée avec l’État, connaît une avancée très significative puisque le mercredi 13 février, à la CPS, s’est tenu le premier sommet économique Vanuatu- Nouvelle-Calédonie. L’objectif était pour Charlot Salwai, le Premier ministre du Vanuatu, et Philippe Germain, le président calédonien, de signer le premier accord commercial de la Nouvelle-Calédonie avec un autre pays. Une étape supplémentaire dans la relation entre les deux territoires qui sont liés par des accords de coopération depuis 2002.

De vieilles relations

Le travail a débuté il y a un peu plus d’un an et consisté à dresser deux listes positives de produits vanuatais et calédoniens exportables chez le voisin sans bousculer son propre marché. De part et d’autre, une quarantaine de biens et de services ont été identifiés. Un assouplissement des barrières douanières est envisagé, dans le respect des accords particuliers liant déjà le Vanuatu avec l’OMC ou despaysdelazonedanslecadredel’accordde libre-échange PACER + et prenant notamment en compte les protections de marché dans le cas calédonien.

Et des potentiels, il en existe, en particulier dans l’agriculture ou dans les services. Mardi soir, la délégation du Vanuatu rencontrait des chefs d’entreprise dans un nakamal de Nouville afin de parler affaires dans un cadre un peu moins formel que les bureaux climatisés. Si l’accord commercial ouvre la possibilité de développer les échanges commerciaux au travers d’une baisse des droits de douanes ou l’attribution de quotas particuliers, par exemple, ce sont bien les relations entre les entreprises elles-mêmes qui feront vivre l’accord. Au-delà des barrières douanières, un travail de coopération sur le plan administratif et des normes et plus spécialement sur la question phytosanitaire.

Cette coopération a été renouvelée en 2017 par la signature d’un accord-cadre entre le Vanuatu, la Nouvelle-Calédonie et l’État, qui reste compétent en matière de diplomatie, même s’il partage cette compétence avec l’exécutif calédonien. En juin 2018, une réunion entre les parties a permis de redéfinir les grands axes de travail. Les engagements portent essentiellement autour de l’éducation et de la formation, mais d’autres dossiers ont été ajoutés et notamment l’environnement, le traitement des déchets ou encore le sport et la culture. Autant de sujets susceptibles de rapprocher les populations déjà unies par des liens étroits. En 2016, l’État avait assoupli les règles en matière de visas pour les Vanuatais en Nouvelle-Calédonie afin de permettre davantage de mobilité entre les deux territoires.

Un premier pas

Pour Philippe Germain, le fait de conclure ce premier accord avec le Vanuatu n’est pas le fruit du hasard. C’est ce voisin qui a, d’une certaine manière, permis l’intégration de la Nouvelle-Calédonie au sein du Forum des îles du Pacifique en appuyant la demande calédonienne déposée en 2009. Il aura fallu attendre 2016 pour que le territoire devienne membre à part entière, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas sans le soutien du Vanuatu.

De la même façon, Charlot Salwai appelle la Calédonie à rejoindre les accords commerciaux liant les pays du groupe du Fer de lance mélanésien. La Nouvelle-Calédonie n’est toutefois pas encore membre du GFLM. La représentation du territoire y est encore politique au travers de représentants du FLNKS. Pour les pays mélanésiens, l’enjeu est de taille puisque la Nouvelle-Calédonie pourrait en quelque sorte constituer le chaînon manquant entre les petites économies insulaires et les grandes puissances économiques du Pacifique Sud que sont l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le projet de hub logistique régional calédonien ne s’inscrit pas dans une autre logique. À terme, l’idée portée par les responsables politiques est d’étendre cet accord commercial aux îles Salomon. L’objectif est de créer un marché de l’ordre de 1,2 millions de personnes, les îles Salomon comptant environ 600 000 habitants. Mais Fidji n’est pas loin non plus et si le dialogue entre la Nouvelle-Calédonie et ses voisinsvanuatais,australiensounéo-zélandais est plus avancé, les échanges bilatéraux avec Fidji font partie de la feuille de route du gouvernement.

Reste à développer la mobilité entre les territoires, autant pour les personnes que pour les marchandises. Prévu de longue date, le programme des vols entre les deux territoires pourrait être prochainement revu à la hausse. Les fréquences devraient être augmentées et de nouvelles liaisons sont envisagées. C’est le cas d’une liaison vers Santo notamment, mais aussi sur Lifou. Comme la souligné Philippe Germain, Lifou souhaiterait pouvoir ouvrir une ligne internationale directement entre Wanaham et Port-Vila.

Charlot Salwai va soumettre prochainement cet accord à son conseil des ministres. Côté calédonien, l’accord devra être soumis au Congrès et validé par l’État vraisemblablement vers la fin du premier semestre.


Vers un accord multilatéral régional ?

Il existe actuellement de nombreux accords économiques et commerciaux entre les pays du Pacifique. C’est notamment le cas de PACER + (Pacific agreement on closer economic relations) qui regroupe des pays tels que l’Australie, la Nouvelle-Zélande ainsi que les États insulaires des îles Cook, de Kiribati, de Nauru, de Niue, des îles Salomon, de Tonga, du Vanuatu et de Tuvalu. Philippe Germain a fait savoir qu’il n’était pas opposé à intégrer ce marché, mais pas sans négociation. Toute la difficulté de ce type d’accord est de parvenir à un équilibre satisfaisant pour toutes les parties, ce qui n’est pas une mince affaire quand ils concernent des économies de tailles très différentes. PACER, signé en juin 2017 par les premiers pays, prévoit le développement des échanges de capitaux, de biens et de services au travers d’une coopération sur les questions des barrières douanières et des règles phytosanitaires. PACER + comporte également un volet sur la mobilité des personnes et en particulier des travailleurs, de façon à ouvrir les marchés de l’emploi ou du moins d’en faciliter l’accès.

M.D.

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