Bateaux : que faire de nos épaves ?

Alors que l’archipel compte près d’un bateau pour dix habitants, il n’existe toujours pas de solution pour traiter les navires en fin de vie. Entre démantèlement et valorisation, des pistes de réflexion ont été avancées lors de la Journée de la mer, le 12 juillet, à Nouméa.

E n Nouvelle-Calédonie, les bateaux ne se cachent pas forcément pour mourir. À Nouméa, le quai des caboteurs, face au Cinécity, s’est transformé au l du temps en cimetière pour navires. Le pétrolier Grete Theresa, le plus connu d’entre eux, nit ses vieux jours dans la rade, sous le regard inquiet de nombreux défenseurs de l’environnement. « S’il coule, cela risque de poser problème, car ses cuves ne seront pas propres », alerte Emma Colombin, manager du Cluster maritime qui organisait la Journée de la mer le 12 juillet dans l’auditorium de la province Sud. L’occasion de présenter l’étude sur l’éco- navigation, réalisée par l’Agence française pour la biodiversité (ex-Aires marines protégées) et d’évoquer la question cruciale des navires en n de vie. Car ces épaves ne sont pas sans conséquences. Elles dégradent non seulement le littoral, mais peuvent représenter un danger pour la navigation et des risques de pollution.

Une filière à créer

« 23 % des 27 000 bateaux considérés comme actifs ont entre 35 et 50 ans », observe Thomas Bockel, qui a participé à la réalisation de cette étude de l’AFB. Près de 6 300 arriveront en n de vie dans les quinze prochaines années et les bateaux de plus de 50 ans seront environ 20 000 en 2055, soit presque autant que le nombre de navires immatriculés aujourd’hui. Non entretenus, ces navires hors d’usage s’avèrent potentiellement très polluants, entre la bre de verre, l’acier, l’aluminium et les jauges de carburant…

En Métropole, la filière chargée de traiter ces bateaux en n de vie se met peu à peu en place. « La dépollution et le traitement des déchets o rent de nouveaux débouchés pour les chantiers », fait valoir Emma Colombin. À commencer par valorisation des matières premières présentes à bord des navires. « Il y a des solutions innovantes à trouver, notamment pour la bre de verre. Ce que l’on pourrait mettre en place pourrait béné cier à tous nos voisins, qui sont eux aussi concernés. »

Des sites de plongée

L’autre piste présentée à la Journée de la mer, c’est la possibilité de couler ces épaves, une fois libérées de leurs matières polluantes. « Ces récifs arti ciels présentent à la fois un intérêt écologique et économique », défend Bastien Preuss, docteur en écologie marine. Ils favorisent la biodiversité, diversifient les habitats avec des surfaces planes, cachées… Et offrent des sites protecteurs pour certaines espèces, notamment les juvéniles et certains géniteurs. Ces récifs artificiels sont aussi moins touchés en cas de cyclone.

D’un point de vue économique, ces épaves o riraient de nouveaux sites de plongée dont le nombre est encore restreint en Nouvelle- Calédonie, malgré l’immensité du lagon. « Les sites sont régulièrement encombrés avec parfois deux à trois navires de plongée sur la même épave », relève Bastien Preuss. Ce phénomène de saturation pose un problème de sécurité et nuit à la qualité de la prestation. Les sites hors de Nouméa sont également peu nombreux. « Avec des épaves intéressantes, on pourrait favoriser l’activité et attirer des plongeurs de l’extérieur à l’image du Coolidge, au Vanuatu ».

Des coûts importants

Bien que pertinentes, ces solutions ne sont pas réalistes, a rme Régis Ballu, le directeur général de la société Sudîles, qui exploite le Betico. « La théorie, c’est bien, mais il est impossible de couler un bateau en Nouvelle-Calédonie. La province Sud freine des quatre fers. Quant au démantèlement, cela coûte une fortune. » L’homme a été directement confronté au problème avec le Betico 1, hors d’usage depuis des années. « La seule solution que j’ai trouvée, c’est de le faire partir », déclare-t-il avec amertume. Fin 2016, la compagnie maritime a expédié le navire à grande vitesse vers Chypre où il a été acheté par un autre armateur.

Jean-Marie Lafond, le directeur de la Denv (Direction de l’environnement de la province Sud), tient à nuancer les propos : « Il s’agit plutôt d’une absence de réglementation que d’une réglementation qui s’y oppose. L’enjeu n° 1, c’est le démantèlement à terre dans de bonnes conditions. Il y a une lière à construire avec des enjeux en termes d’emplois et la mise en place d’une éco-participation en 2018. »

Le plus inquiétant, estime la Denv, c’est la gestion du stock actuel et son nancement. Si la taille du gisement de bateaux épaves est di cile à estimer, on sait en revanche que la lière de traitement et de valorisation ne s’auto nancera pas à 100 %. « On le voit déjà pour les autres lières (de déchets recyclables, ndlr), qui peinent à être à l’équilibre, note Jean-Marie Lafond. Tout dépend du cours des matières premières sur les marchés internationaux. »

Par Coralie Cochin


Un chargé de la Mer et une commission spéciale au Congrès

La nomination d’un « Monsieur » ou d’une « Madame » Mer avait été vivement souhaitée, l’an dernier, lors des premiers États généraux de la mer. Et ce, pour dépasser notamment la complexité que pose la répartition descompétencesentre collectivités. Dans son discours d’introduction à la Journée de la mer, le président du gouvernement, Philippe Germain, s’est dit « favorable à un chargé de mission auprès du secrétaire général, dédié à la question du développement de la filière maritime en Nouvelle- Calédonie » et a estimé que le cluster « pourrait être le bon interlocuteur » pour l’aider dans sa tâche. Invité à s’exprimer à la clôture de l’événement, Thierry Santa, le président du Congrès, a annoncé que la création d’une commission de la mer et du littoral calédonien serait proposée prochainement aux élus. Si « la mer commence à être considérée comme une ressource, la valorisation de cette richesse reste très largement sous exploitée », regrette Thierry Santa. La question de la diversi cation de l’économie calédonienne est d’autant plus cruciale, selon le président du Congrès, qu’elle repose aujourd’hui sur un modèle de développement dépendant du nickel.

 

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