Anticor remet ses casseroles d’or 2018

Le groupe local de l’association anticorruption a remis ses casseroles d’or pour l’année 2018. Ces prix mettent à l’honneur les élus, fonctionnaires et institutions qui se sont particulièrement distingués en matière de corruption. Si la délinquance en col blanc est peu médiatisée en Nouvelle-Calédonie, elle est bien réelle.

La première édition des casseroles d’or, en 2017, avait récompensé Harold Martin. Si l’édile a reçu un nouveau prix spécial de récurrence pour ses affaires en cours, la dizaine de membres du groupe local d’Anticor, représenté par Thierry Blaisot, lui à désigné un successeur.

À l’issue des débats, c’est finalement Pierre Frogier qui décroche la gamelle d’or. Magistrat de métier, reconverti dans l’immobilier puis la politique, il reçoit le prix 2018 pour sa mise en examen dans l’affaire de l’achat d’un logiciel de gestion de données électorales. Pierre Frogier, toujours présumé innocent, est accusé de détournement de biens publics et de favoritisme. Sans mise en concurrence, un logiciel aurait été acheté par la province Sud pour un montant de 40 millions de francs. Le logiciel n’aurait jamais servi à la province Sud mais au parti politique du président sortant du Rassemblement-UMP.

Pierre Frogier et nos deux députés

Comme le souligne Thierry Blaisot, Pierre Frogier n’en est pas à son coup d’essai puisqu’au début des années 2000, il avait vendu son avion personnel à la province Sud qui n’avait par la suite servi qu’à lui-même. « Compte tenu de la personnalité de Monsieur Frogier, nous estimons qu’il a dû être coutumier du fait de se servir des institutions. Ce sont vingt ans de pratiques déplorables qui sont récompensées, même s’il est présumé innocent, ainsi que la charrette qu’il emmène avec lui puisque Bernard Deladrière et Cynthia Liegard sont également mise en cause », félicite le représentant local d’Anticor.

Philippe Gomès n’est pas en reste et décroche également une timbale grâce à son entêtement à vouloir conserver la présidence de la société Nouvelle-Calédonie énergie (lire notre article sur ce sujet disponible sur notre site internet). Selon le jury d’Anticor, le député a fait semblant d’ignorer le fait que sa condition de député l’empêchait de cumuler sa fonction avec celle de président d’une société publique. Calédonie ensemble fait coup double puisque son autre député, Philippe Dunoyer, remporte également une casserole qu’il partage toutefois avec son frère Patrice dans la catégorie fonctionnaire. Pour rappel Patrice Dunoyer a été recruté comme conseiller scientifique de la province Sud malgré des sanctions pour fraudes scientifiques très graves alors qu’il était en poste au CNRS. Ces sanctions n’ont pas dissuadé le député de faire pression pour que son frère soit embauché.

Patrice Dunoyer n’est pas le seul fonctionnaire à recevoir une distinction. Maurice Piron, l’ancien directeur des sports de la mairie de Nouméa, reçoit un prix pour avoir créé une société qui captait les marchés publics et les redistribuait à ses amis. Le fonctionnaire a été condamné et Anticor s’étonne tout de même que la mairie de la capitale ait pu laisser faire pendant des années. Une autre récompense a été décerné à Fabien Escot. Le fonctionnaire a été condamné pour prise illégale d’intérêts et, dans la foulée, a été doublement récompensé puisqu’il a été promu directeur adjoint de la direction des affaires vétérinaires, alimentaires et rurales, avant d’être distingué par Anticor.

Népotisme à tous les étages

De manière plus générale, l’association de lutte anticorruption a souhaité récompenser les provinces Sud et Nord ainsi que le gouvernement pour népotisme dans la catégorie institution. Le népotisme consiste à utiliser son influence en faveur de sa famille ou de ses amis. Les présidents du gouvernement et de la province Sud ont ainsi placé leurs femmes dans les cabinets sans que ces nominations ne soient réellement basées sur des compétences reconnues. C’est également le cas de Jean-Louis d’Anglebermes dont la femme dirige le cabinet.

« Le népotisme n’est plus acceptable, martèle Thierry Blaisot. Nous laissons à nos élus une année et nous reviendrons l’année prochaine de manière beaucoup plus détaillée ». La Cafat reçoit un dernier prix pour avoir licencié sans motif un personnel dont les propositions auraient permis de faire gagner des millions à la caisse. Pour améliorer la situation, l’association propose de créer un poste de déontologue dont la mission serait de sensibiliser les élus et les fonctionnaires afin d’éviter les situations de corruption. Ce déontologue pourrait intervenir sur l’ensemble des institutions. Anticor devrait également relancer sa charte éthique qui, étonnamment, avait eu du mal à prendre lors des dernières élections. Nos élus ont du talent qu’il serait dommage d’ignorer.

M.D.

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