Ambiance

À trois semaines du référendum, la campagne se déroule sans heurt, mais les esprits politiques s’échauffent clairement.

Coté loyaliste, voilà plusieurs jours que Philippe Gomès annonce haut et fort un résultat de 70 % de « non » sur ce scrutin et explique qu’après, il n’y aura plus de raison de retourner aux urnes pour les deuxième et troisième référendums qui peuvent être organisés, on le rappelle, si un tiers des membres du Congrès le demande.

Il précise que la Calédonie française ne sera plus imposée, mais décidée par une large majorité et que les autres consultations n’auront donc plus de sens, qu’elles mettront en péril la stabilité, notamment économique, du territoire. Il ajoute que les indépendantistes sont dans la posture dans cette campagne et ne demanderont pas ces référendums…

L’idée de réfléchir à l’opportunité ou non d’organiser les autres scrutins, en cas de « non » massif n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été évoquée par les Républicains calédoniens qui pensaient que dans un ratio de 70/30, une discussion pourrait effectivement être proposée aux indépendantistes pour voir s’ils souhaitaient retourner tout de suite aux urnes avec le risque de prendre un même revers trois fois de suite en si peu de temps et de s’installer dans l’instabilité ou envisager, par exemple, d’y retourner plus tard. Une position de nature à rassurer l’électorat de droite.

Mais on était ici dans la perspective d’un dialogue éventuel. Philippe Gomès, soudainement conscient de son électorat loyaliste, a, avec ses gros sabots et en pleine période référendaire, été beaucoup plus loin.

Forcément, les réactions ont fusé. Les indépendantistes n’ont pas apprécié d’être pris de haut et pour des imbéciles. Samedi, Daniel Goa est d’ailleurs apparu bien plus offensif que d’habitude lors du comité directeur de l’UC. Le président a taxé les partis anti-indépendantistes d’« axe du mal » suscitant, sans surprise, un véritable tollé chez les premiers concernés.

Daniel Goa a promis à ses militants qu’il demanderait les autres référendums et qu’il négocierait même directement l’indépendance avec l’État si le « non » l’emportait au terme des trois référendums prévus par l’Accord de Nouméa. Il a parlé d’un « Kanexit » et dit que le pays kanak obtiendra inéluctablement son indépendance, « avec ou sans eux, les fameux invités de l’histoire », qu’il ne s’agira plus de « chercher à s’ouvrir ».

Dans les pages du quotidien, l’Uni, par la voix de Louis Mapou, s’est, lui aussi, payé son allié d’hier. L’Uni, qui n’a pas apprécié que Calédonie ensemble s’arroge, dans son « show politique aquatique à Nouville », la paternité de tout ce qui a été réalisé en Nouvelle-Calédonie, ne digère pas non plus cette idée qu’il n’y aurait plus besoin des deux autres référendums et que les pro-Kanaky vont abandonner l’indépendance, « comme si l’on pouvait gommer l’histoire et le droit à la dignité ».

Si chacun est finalement dans son propre combat et en train de chasser les voix, ces prises de position illustrent surtout un vrai point de rupture entre Calédonie ensemble et les indépendantistes.

C.M.

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