Agrinnov’, les plans stratégiques officialisés à Bourail

Le forum Agrinnov’ s’est tenu du 21 au 27 mars. Ce forum avait pour vocation de définir les pistes pour développer l’agriculture biologique, et celles pour réduire l’usage des produits phytosanitaires. La Chambre d’agriculture, qui était à l’initiative de ce rendez- vous présentera les deux plans stratégiques qui en découle ce week-end, à la foire de Bourail. Tour d’horizon des mesures concrètes prévues par ces deux plans qui vise à transformer en profondeur l’agriculture calédonienne dans les années à venir.

La transition alimentaire est en marche. Il s’agit d’un mouvement mondial qui est le fruit de prises de conscience au niveau international. Pendant plusieurs décennies, l’agriculture intensive, combinée à un système de transformation agro-industrielle, s’est imposée comme modèle, ne laissant pas ou peu de place à d’autres voies. Les choses changent, et ce d’autant plus vite que les consciences évoluent sur les questions sanitaires et environnementales. De plus en plus d’études scientifiques montrent que les aliments ultra- transformés issus de l’agriculture intensive présentent des impacts négatifs pour la santé humaine.

De la même façon, les pratiques des industriels et de ce type d’agriculture ont des conséquences particulièrement délétères sur l’environnement. C’est ce qu’a encore montré un rapport du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, rendu le 7 août. Le rapport affirme l’existence d’une relation étroite entre l’agriculture, l’états des sols, la sécurité alimentaire et les émissions de gaz à effet de serre. Autrement dit, continuer sur notre lancée reviendrait à creuser notre propre tombe.

La Nouvelle-Calédonie n’est pas totalement en marge de ce mouvement qui s’interroge sur la manière de produire des aliments et de les consommer. Des initiatives relativement récentes vont dans ce sens, à l’image de Neofood qui revendique une façon de s’alimenter plus locale et moins industrielle. C’est également le cas d’autres associations comme Food forest connexion, qui met en valeur les produits issus de la permaculture. La clientèle n’est pas en reste et est en grande partie à l’origine de cette transformation en profondeur du modèle agricole.

L’organisation du forum Agrinnov’ par la Chambre d’agriculture, financé par le gouvernement, montre une certaine prise de conscience de l’évolution des mentalités. Selon un des participants au forum, Nicolas Metzdorf, alors membre du gouvernement en charge de l’agriculture, avait conclu le forum en faisant d’une certaine manière son mea-culpa. Mais, il y a tout de même peu de chance que les responsables des politiques agricoles de ces dernières années reconnaissent publiquement avoir fait fausse route. Si l’on regarde aujourd’hui l’agriculture calédonienne, le constat est quelque peu amer. Cependant, la volonté politique semble avoir pris la mesure des attentes des consommateurs, tout comme les agriculteurs, qui ont de plus en plus conscience du besoin de répondre à la demande. « L’organisation d’un forum comme Agrinnov’ n’aurait tout simplement pas été possible il y encore quelques années », estime Vincent Nebois, chargé de mission à la Chambre d’agriculture.

136 exploitations certifiées bio

Le nombre de professionnels désirant se convertir au bio et voir leur production labellisée progresse. Comme le souligne également le chargé de mission de la Chambre, le premier label calédonien a fait son apparition en 2011. Aujourd’hui, le territoire compte 136 exploitations certifiées. Pour Vincent Nebois, l’enjeu n’est pas de savoir comment on pourra parvenir à 300 exploitations, mais à 1 000. « Les débuts se sont fait dans la douleur, explique Vincent Nebois, maintenant, il faut une politique ambitieuse pour accompagner l’essor du bio. » C’est précisément ce que propose le plan stratégique issu des ateliers qui se sont tenus pendant Agrinnov’.

Mais Agrinnov’, ce n’est pas seulement le bio qui concerne une partie de la population agricole. Le forum a également permis de plancher sur la réduction de l’usage des pesticides. Une question beaucoup plus polémique que le développement du bio qui fait consensus. L’un des grands problèmes reposent dans la stabilité du système juridique, qui sera l’une des grandes questions à traiter. Elle est d’ailleurs au cœur de la problématique posée par le plan stratégique en matière de réduction de l’usage de produits phytosanitaires.

La dure question des produits phytosanitaires

Le deuxième objectif stratégique de ce plan sur les produits phytosanitaires est de « stabiliser et faire évoluer le cadre juridique global des PPUA » (produits phytopharmaceutiques à usage agricole). Il existe aujourd’hui une opposition profonde entre la société civile et la gouvernance agricole en matière de PPUA. Les nombreux recours administratifs sur les autorisations de substances actives illustrent cette opposition qui créée une instabilité juridique. Au-delà des idéologies, ces batailles juridico-administratives bloquent l’ensemble du système et ne permettent pas d’avancer. La tenue d’Agrinnov’ a toutefois permis d’avancer un peu sur la question en proposant plusieurs scénarios pour faire évoluer la commission statuant sur les autorisations de substances.

C’est le deuxième scénario qui semble tirer son épingle du jeu. Il prévoit d’adosser à la réglementation européenne pour les substances actives agréées et une évaluation « en interne » et au cas par cas pour les PPUA étant originaires d’Union européenne. Cela rendrait applicable la liste des substances actives candidates à la substituabilité. Cela signifie que, pour ces substances, lorsqu’une alternative est trouvée, la substance est interdite. Les freins identifiés reposent sur l’obligation d’une expertise plus importante pour l’évaluation scientifique. Autrement dit, la Nouvelle-Calédonie devra se doter d’un conseil scientifique de haut niveau capable de statuer sur l’homologation de substances actives. Les autorités devraient également fixer des limites maximales de résidus contenus dans les fruits et légumes. Deux problèmes assez techniques qui sont en fait plutôt des solutions à entendre les récriminations des associations de protection de l’environnement et de défense des intérêts des consommateurs à l’origine des recours. Elles réclament ces expertises locales depuis un bon moment.

La prochaine étape sera la foire de Bourail où la Chambre d’agriculture retrouvera le gouvernement pour la signature d’une convention permettant la création d’un comité de pilotage pour la mise en œuvre des deux plans. Un rendez-vous qui interviendra un an après la précédente foire au cours de laquelle la convention de partenariat avait été signée entre la Chambre et le gouvernement pour financer le forum. Il restera tout de même aux politiques à réaliser certains arbitrages. Une chose est sûre, le risque politique à ne pas mettre en œuvre ces plans stratégique est grand. L’organisation du forum a suscité de grandes attentes, autant du côté des professionnels que de la société civile. La déception pourrait être tout aussi grande si les élus décidaient de ne pas en tenir compte.

Nous reviendrons en détail sur les objectifs opérationnels dans notre prochaine édition.

M.D.

 

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