3 questions à Anne Pitoiset


Anne Pitoiset sort cette semaine un nouvel ouvrage, Le nickel, une passion calédonienne. En pleine période de doute avec un marché pour le moins complexe, une mondialisation accrue et pas de vision stratégique pour l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie, la journaliste apporte des éléments d’information sur notre industrie, puisés « aux meilleures sources locales, nationales et internationales ».

DNC : Quelle a été votre démarche pour cet ouvrage ?

Anne Pitoiset : C’est un ouvrage en trois parties. L’une concerne l’histoire du nickel en Calédonie, l’histoire des grands projets, la manière dont ils se sont déroulés. Ensuite, il y a le regard humain et sociologique. Je suis allée en brousse dans quelques communes minières pour voir comment on vivait le nickel à Voh, à Poum ou encore à Kouaoua. Le dernier volet est stratégique. J’ai rencontré des analystes et spécialistes de marché à Singapour, à Londres, à Paris et au Canada. Je me suis rendue au Québec, à Raglan, pour voir comment fonctionne la mine gérée par Glencore et que les Kanak avaient été voir. Ce que je voulais, c’était à la fois apporter un regard de l’intérieur et un regard de l’extérieur en donnant la parole à des gens qui ne l’ont pas toujours. Ces « experts » se sont livrés d’une manière différente également, hors des discours policés des conférences de presse, sans le filtre du politiquement correct.

DNC : Justement comment voit-on actuellement, de l’extérieur, l’industrie calédonienne ?

Anne Pitoiset : Il ressort ce que finalement on sait tous, que la Nouvelle-Calédonie est une réserve immense, de grande qualité, avec énormément de points positifs. Par contre, il est aussi question des difficultés de réaliser des usines, des usines à partir de rien. Parce que généralement, on ne part pas de rien. Là, on est parti de rien à deux endroits de la Calédonie avec des surcoûts qui ont été énormes. Les premières estimations étaient à 1,8 milliard de dollars et là, on est certainement à 8 milliards pour ne pas dire plus. Ils mettent en avant ces coûts de production importants, qui pèsent forcément très lourd dans un marché extrêmement mouvant avec un cours du nickel très bas. C’est donc un pays qui donne beaucoup d’espoir mais qui, en l’état actuel, est un peu décevant. Après, d’ici 20 ans, sur le long terme, on estime que ça devrait redevenir intéressant, une fois qu’on aura passé le creux.

DNC : Et quid des relations avec les communes minières calédoniennes ou du volet
politique ? Quel impact peuvent avoir les attitudes ou les décisions locales ?

Anne Pitoiset : Les multinationales sont habituées à dialoguer avec les populations locales. Il y a des accords partout mais peut-être qu’ils ne s’attendaient pas à ce que ce soit aussi fluctuant dans le Sud. Dans le Nord, il n’y a pas de problème alors que Vale, dans le Sud, se heurte tout le temps à des difficultés relationnelles. Sur le volet politique, les acteurs du nickel avaient été rassurés par la présence de l’État en Nouvelle- Calédonie. Le territoire est d’ailleurs beaucoup plus stable politiquement, par exemple, que l’Indonésie, les Philippines, etc. Ici, l’instabilité politique est plutôt conjoncturelle pas structurelle. Et on est effectivement rentré dans une période plus délicate avant la sortie des accords. Il y a aussi les exportations, même si c’est anecdotique, avec, par exemple, la position de l’UC qui disait qu’il fallait arrêter les exportations en 2019, et puis finalement que non, ou encore la demande de nationalisation de la SLN… En fait, dans un contexte où on se pose des questions sur le coût d’une usine, où les prix du nickel sont bas, il y a des arbitrages à faire, et c’est un peu plus compliqué. Quand les cours des matières premières étaient hauts, les entreprises avaient de l’argent donc elles ne regardaient pas trop la dépense.

Il y a donc une mauvaise conjoncture avec une crise grave et moi, ce que je pense, c’est que quand on n’avait que la SLN, on allait à Paris, on discutait, on négociait, on s’arrangeait. Alors que maintenant, on est tombé dans le dur de la mondialisation avec des multinationales qui, elles, comptent. On est à une croisée des chemins où il faut prendre tout cela en considération. Jusqu’à présent, selon moi, on avait un peu mis tout cela de côté, on n’en parlait que dans les milieux spécialisés. C’est pour cela que dans ce livre, j’ai voulu donner la parole à tout le monde pour que les gens sachent. Après, ils se feront une opinion.

Propos par C.M 

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