25 listes, quels enjeux ?

Le haut-commissariat a validé la totalité des listes déposées. Place maintenant à la campagne d’une élection qui revêt un caractère particulier. Les Calédoniens vont devoir élire ceux qui auront la lourde charge de négocier avec l’État la sortie de l’Accord de Nouméa et l’instauration d’un nouveau statut. Qui part favori, qui en sortira vainqueur ? Difficile pronostic avec tant d’inconnues.

Vingt-cinq listes, onze en province Sud, six en province Nord et huit en province des Îles, le premier constat est que ce nombre important de listes n’est pas nouveau, elles étaient jusqu’à 31 en 2004. Comme à chaque élection provinciale, nous avons les gros blocs traditionnels avec les loyalistes, cette année tirés par la liste d’union de L’avenir en confiance, Calédonie ensemble, le Rassemblement national et les indépendantistes avec les composantes du FLNKS. Nous trouvons ensuite des listes qui ne se retrouvent pas dans ces camps traditionnels et enfin, comme à chaque élection provinciale, des groupes qui se sentent investis d’une mission nouvelle pour sauver la Calédonie.

Les jeunes, la grande inconnue

On constate un émiettement général des grands camps avec l’arrivée de listes plus jeunes, dissidentes, qui ne se retrouvent pas dans l’offre proposée par les blocs habituels, à l’image de l’Éveil océanien, qui vise 6 000 voix et peut rassembler beaucoup de jeunes. Ce parti pourrait bien siphonner des voix chez les grands, d’un côté comme de l’autre. Mais dans quelle proportion ?

Pour ces provinciales, le vote de la jeunesse sera donc comme jamais déterminant. L’avenir en confiance et Calédonie ensemble l’ont bien compris en intégrant cette jeunesse dans leur campagne et leur programme. Une vision que les indépendantistes ont souhaitée, mais qui ne s’est pas suffisamment traduite au moment d’établir les listes et risque de leur coûter cher. Est-ce que cette jeunesse calédonienne, surtout kanak, qui s’est mobilisée pour le référendum, va une nouvelle fois se mobiliser et pour quelles listes, compte tenu de leur nombre ?

À qui cela va-t-il profiter ?

Avant de savoir à qui peut profiter ce nombre important de listes, il faut rappeler que dans chacune des provinces, les sièges seront attribués aux listes qui auront obtenu un nombre total de suffrage au moins égal à 5 % des électeurs inscrits dans la circonscription, soit plus de 5 500 voix en province Sud, par exemple. Il faudra donc franchir cette barre et ce ne sera pas si évident pour les nouveaux partis ou les « dissidents » des blocs traditionnels. Et puis on le sait, qui dit multitudes de listes, dit dispersion de voix, une situation qui va donc inévitablement profiter aux grandes listes traditionnelles. Mais dans quelle proportion et pour qui de L’avenir en confiance, Calédonie ensemble ou des indépendantistes s’en sortiront le mieux ?

Si L’avenir en confiance met en avant des mesures qui pourraient nous sortir de la crise grâce à un maintien de la Calédonie dans la France, Calédonie ensemble, fort d’un bilan de gouvernance très contesté, parle d’un référendum d’avenir partagé. Quant aux indépendantistes, ils doivent faire face à une désunion, résultat sûrement, d’un pouvoir qui est resté en place trop longtemps et jugé inactif par leurs jeunes.

Alors nul ne peut se prononcer fermement d’autant qu’une autre inconnue pointe son nez, la participation. Elle était en 2014 de 69,9 %, loin des 81,1 % du référendum 2018, une élection où les jeunes s’étaient mobilisés en masse. Vont-ils en faire de même ? Vont-ils se reconnaître dans les listes ? Réponse le 12 mai.

Les forces en présence

11 listes donc vont se disputer les bulletins en province Sud. On attend le duel entre L’avenir en confiance et Calédonie ensemble. La première, qui rassemble les loyalistes de 2014, peut espérer atteindre au minimum le nombre de sièges détenus par l’UCF et le FPU aux dernières provinciales, soit 17 sièges. Calédonie ensemble, qui avait obtenu 16 sièges, doit convaincre pour en faire autant, le bilan de ces dernières années au pouvoir va faire pencher la balance en fonction. Autre gros bloc, la liste du FLNKS Sud, qui avait obtenu 7 sièges, trouvera sur son chemin le Parti travailliste et le jeune MNIS. Reste à savoir quelle sera l’importance que les Calédoniens vont octroyer à des listes comme le Rassemblement national, l’Éveil océanien, l’ACT, la CNR et Destin commun calédonien qui visent de passer la barre des 5 %.

En province Nord, peu de changements par rapport à 2014 avec l’UC et l’Uni, toujours dans la course, le Parti travailliste en embuscade et le MNIS qui représente la nouvelle garde indépendantiste. Du côté non indépendantiste, faute d’alliance, Calédonie ensemble repart en 2019 alors que les loyalistes défendront les couleurs de la liste Agissons pour le Nord.

Enfin, c’est dans les Îles que les listes sont les plus nombreuses au regard du nombre d’habitants. Alors que les non-indépendantistes partent avec deux listes, Avec nous et Nouvelle vision des Îles, c’est l’éclatement chez les indépendantistes qui proposent six listes : le Palika, le Parti travailliste, l’UC-FLNKS, Unitaire Kanaky génération, Dynamique autochtone et le MNIS.

Place depuis lundi à la campagne, où chaque liste doit convaincre et mobiliser les électeurs pour des élections importantes, celles qui vont déterminer ceux qui seront en charge de la sortie de l’Accord de Nouméa.

C.S.

©M.Le Chélard AFP

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