2016 : année de tous les dangers ?

2015 restera comme une année difficile pour la Nouvelle-Calédonie. Au plan politique, avec la chute du gouvernement Ligeard, la scission à la mairie de Nouméa et les luttes fratricides au Congrès et dans les provinces. Au plan économique, avec la fin avérée d’une sorte d’état de grâce, les conflits de la mine, l’extrême fragilisation des trois unités de production métallurgique et la crise du BTP. Au plan social aussi, avec l’installation d’un climat malsain attisé par des séries de faits divers aussi dramatiques qu’inquiétants. 2016 ne s’ouvre pas sous de meilleurs auspices. Pire même, la crise économique mondiale menace nos équilibres fondamentaux. 

« Le budget de l’année 2016 s’inscrit dans un contexte économique et social de grandes difficultés. L’économie est en perte de vitesse après des années de croissance ». C’est en ces termes que le gouvernement a rédigé, fin décembre, l’introduction de sa note de présentation du budget primitif 2016 de la Nouvelle-Calédonie. Loin d’être pessimiste, l’analyse est non seulement pertinente, mais elle est aussi, à bien des égards, en deçà de la réalité.

Depuis plus de vingt ans, notre pays connaît la paix et la prospérité. Pour de nombreux Calédoniens cette affirmation semble aller de soi et pourtant. Si, incontestablement, les deux accords politiques signés en 1988 et en 1998 ont permis cette stabilité et ce développement, c’est bien aussi parce que la situation économique a engendré une croissance soutenue.

Des craintes à tous les niveaux

Mais aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie est rattrapée par la crise mondiale qui se double d’une crise structurelle liée à l’étroitesse de son marché intérieur. Avec la fin des deux chantiers de taille mondiale (usines du Sud et du Nord), le report sine die de la construction de la centrale C de la SLN, la livraison du Médipôle de Koutio, les perspectives s’assombrissent sur le marché de l’emploi dans le secteur du BTP et ce, d’autant qu’il n’existe pas, à ce jour, de relais de croissance du côté du secteur privé. Et pour cause. Les investisseurs sont objectivement réticents et attentistes. Or les signaux qui leurs sont adressés par les collectivités en matière de fiscalité ne les incitent certainement pas à concrétiser des projets qui sont pourtant déjà dans les cartons.

Quant au secteur public, privé de recettes nickel, lourdement impacté par une diminution inquiétante des ressources fiscales en provenance des entreprises, il ne peut désormais compter que sur la manne que constituent, mais pour combien de temps encore, les recettes de l’IRPP (impôt sur les revenus des personnes physiques) et les différentes taxes liées à la consommation. C’est d’ailleurs sur la classe moyenne que pèsera le plus cette année l’effort exigé par le gouvernement avec un alourdissement de 1 % de la fiscalité sur les salaires, une augmentation de la TSPA, taxe de soutien à la production agricole, de 3 à 6 % qui aura inéluctablement pour conséquence le renchérissement des produits alimentaires importés, l’instauration de la TGC, taxe générale à la consommation qui s’annonce inflationniste, sans même évoquer la taxe sur le gazole pour financer le projet de transport en commun, Néobus.

Une menace sur les équilibres 

Il convient d’ajouter à ce sombre tableau la situation dramatique du marché du nickel. Des stocks surabondants, une production mondiale en hausse continue mais peut- être et surtout une forte baisse de la demande essentiellement provoquée par le ralentissement de la croissance chinoise ont lourdement plombé les cours. Les opérateurs du marché et les analystes conviennent qu’il faudra plusieurs années pour assainir la situation. Aujourd’hui, tous les opérateurs, de Glencore à Vale en passant par le « petit » Eramet, produisent à perte, une situation d’autant moins tenable en Nouvelle-Calédonie que, pour des raisons qui ont fait notre prospérité par le passé, les coûts de production y sont plus élevés qu’ailleurs. En clair, si tous les opérateurs perdent de l’argent pour chaque kilo de nickel produit, ces pertes sont plus importantes chez nous qu’ailleurs.

Comment croire sérieusement que ce sera sans conséquence sur l’emploi ? Les premiers impactés seront évidemment les sous-traitants, ce qu’ont d’ailleurs confirmé cette semaine Peter Hancock, le patron sur le départ de KNS, et Didier Ventura, le président de la Nickel Mining Company (NMC). Mais l’inquiétude règne aussi à Doniambo, qui verra en 2016 la fin de la production de mattes, et sur les sites miniers de la côte Est, avec le risque de cessation d’activité de l’usine du groupe australien QNI sur le site de Yabulu. Si elle se confirmait, plus de 250 rouleurs risqueraient d’être sans contrat.

Le risque est tel qu’il est inconcevable que cette crise prévisible ne déborde pas sur le terrain politique comme cela a déjà été le cas en 2015 avec le conflit des rouleurs. C’est bien la raison pour laquelle la question du nickel a été inscrite expressément à l’ordre du jour d’un Comité des signataires des 4, 5 et 6 février. Il s’annonce plus décisif que les précédents puisqu’est censé y être aussi tranché le dossier des corps électoraux, que ce soit celui du scrutin de sortie de l’Accord de Nouméa ou celui des élections provinciales. A deux ans de la consultation de la population calédonienne sur son avenir institutionnel, les équilibres sont menacés.
Ce qui faisait consensus divise désormais dans l’optique de cette échéance. Alors certes, le pire n’est jamais certain, mais s’il existe deux façons de faire quelque chose et qu’au moins l’une d’entre elles peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu’un, quelque part, pour emprunter cette voie.
Reste à espérer que ce n’est pas sur ce chemin que souhaiteront majoritairement s’engager les Calédoniens.

C.V.

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