2014-2016 : Les années Bouvier

En poste depuis le 18 août 2014, Vincent Bouvier a quitté son poste de haut- commissaire de la République en milieu de semaine pour prendre les fonctions de Secrétaire général de la mer auprès du Premier ministre. Bilan.

Vincent Bouvier aura occupé ses fonctions dans une période mouvementée : une crise institutionnelle, une crise économique sans précédent, la visite des quatre plus hautes personnalités de l’État et la multiplication des missions envoyées depuis Paris pour préparer la Nouvelle-Calédonie aux échéances majeures : la sortie de l’Accord de Nouméa et le référendum prévu en 2018.

À bien des égards, les vingt-deux mois passés à son poste de représentant de l’État en Nouvelle-Calédonie sont de ces expériences qui restent. Car il faut bien en convenir, même si cette période n’a pas été marquée par une campagne électorale, toujours propice aux tensions ou aux soubresauts, les deux années qui viennent de s’écouler furent animées et parfois même houleuses. Et s’il est facile, à l’heure d’un bilan, de dire que tout cela était prévisible pour ne pas dire écrit d’avance, il convient de rappeler que les conditions mêmes et le contexte, qui ont conduit à la désignation du préfet Bouvier, sous-tendait déjà quelques orages à venir. Du départ abracadabrantesque d’un Jean-Jacques Brot, dont le comportement fut jugé « éruptif et imprévisible » par Alain Christnacht, aux premières polémiques sur la composition des missions dépêchées par Paris pour préparer la sortie de l’Accord de Nouméa, tous les éléments étaient objectivement réunis pour faire de cette affectation un véritable casse-tête.

Et comme si la situation locale ne se suffisait pas, Vincent Bouvier s’est vu confier la lourde responsabilité de superviser la visite des plus hautes personnalités de l’État. François Hollande, président de la République, Manuel Valls, Premier ministre, Gérard Larcher, président du Sénat, et Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, ont arpenté la Nouvelle-Calédonie du Nord au Sud en passant par les Loyauté au cours de ces deux ans. Or, à deux ans de la sortie de l’Accord, dans un contexte de forte tension économique et alors même que chacun, indépendantistes comme loyalistes, a demandé à l’État de prendre ses responsabilités sur le dossier calédonien, il aura fallu au haut-commissaire un véritable savoir-faire diplomatique.

Pondération

Mais le séjour de Vincent Bouvier ne s’est pas limité à ce rôle, certes majeur, de « gentil organisateur ». Il aura notamment dû aussi intervenir dans la crise gouvernementale née de l’implosion du contrat de gouvernance solidaire. Il a d’ailleurs essuyé, à cette occasion, un flot de critiques après avoir convoqué de manière quelque peu hâtive une séance du gouvernement qui s’est soldée par la désignation, le 1er avril 2015, de Philippe Germain à la tête de l’exécutif calédonien, avec les voix du Palika et de Jean-Louis d’Anglebermes de l’Union calédonienne.

Son action porte également la marque de la pondération et du choix du dialogue dans le conflit des rouleurs et des mineurs. En refusant de faire intervenir les forces de l’ordre, malgré les pressions de Calédonie ensemble, tout en en agitant la menace, il a su éviter les dérapages et mettre fin aux blocages. Restent enfin les dossiers majeurs, mais pour le moins en chantier, que Vincent Bouvier laisse à son successeur. Des dossiers abordés et âprement débattus au cours des trois Comités des signataires auxquels il a pris part. Le plus emblématique est sans doute celui des corps électoraux et de la constitution de la liste référendaire. Moins de trois mois après sa prise de fonction, celui qui fut de 1991 à 1993 le directeur de cabinet d’Alain Christnacht à Nouméa, s’est heurté au boycott de l’UC du Comité des signataires d’octobre 2014. Puis en juin 2015 et février 2016, la problématique des corps électoraux est revenue sur le devant de la scène avec finalement comme « conclusion », le fait que « le litige électoral était politiquement clos ». Vincent Bouvier s’est d’ailleurs exprimé sur ce sujet, et tout reconnaissant qu’il était certes complexe, il a confirmé qu’à Matignon, sans ambiguïté, tous les partis politiques présents (c’est-à-dire aussi l’UC) avaient validé le relevé de conclusions.

Enfin, il y eut le nickel, le nickel en crise, le nickel omniprésent à en faire des cauchemars mais le nickel toujours en question, aussi bien pour le plan de sauvetage de la SLN que pour l’avenir toujours incertain des deux autres opérateurs. Sur ce point, comme sur celui de l’avenir institutionnel, ce sera désormais à Thierry Lataste de jouer sa partition mais lui aussi n’aura guère plus de deux ans pour aboutir en tenant compte de deux campagnes électorales capitales, les présidentielles et les législatives de l’an prochain.

C.V.

Photo C.M

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